« Avant toi » critique d’un film romantique avec un handi

 

Il y a un an (février 2016 donc), je découvrais les premières images de l’adaptation cinématographique du roman de Jojo Moyes, « Me before you » (qui donnera « Avant toi » en France)

 

 

 

 

Ma réaction sur le coup, ça a donné ça :

« Bon ok, il a l’air beau, bien joué, bien filmé tout ça tout ça. CELA DIT. C’est le mec qu’est en « mauvaise posture » (et ici la fille l’aime au-delà de ça parce qu’instinct maternel, beauté intérieure et sensibilité féminine oblige). Il est riche (parce que bien sûr, c’est le cas de tout le monde n’est-ce pas ?). Il est particulièrement atteint (dans ce cas: tétraplégie quasi complète, il ne bouge que la tête. Le juste milieu ils connaissent pas). Ce serait pas du déjà vu ? Un peu ? Le monde du handicap est suffisamment vaste pour éviter ça, tiré de livres ou non »

 

Il est sorti en salle en juin et je ne suis pas allée le voir, j’avais trop d’aprioris négatifs, et même lorsque dans la newsletter du mois (vous ne l’avez pas eu ? Rendez-vous ici) je vous ai annoncé que je m’essaierai à la critique de film (en ayant celui là comme objectif), me résigner à le regarder m’apparu comme une corvée.

 

Et comme je l’avais soupçonné, c’est une farandole de clichés avec un début entre « Cinquante nuances de Grey » (voyez le niveau) et Pretty woman (mieux). Monsieur Bôgoss se prépare avec ses beaux boutons de manchettes tout reluisants, sa peau bien lisse et son costume hors de prix. Parce que c’est un homme d’affaires Monsieur Bôgoss, il a des parents riches mais lui aussi travaille fort, il est jeune mais doué (forcément). Et comme tout milliardaire qui se respecte, il passe son temps libre (parce qu’il arrive à en avoir beaucoup, faut pas pousser non plus) à faire des folies sportives avec ses amis qui l’admirent et à sortir avec sa splendide petit amie qui le vénère. Sauf qu’un jour Monsieur Bôgoss, il se fait renverser par une moto. Non parce que pour avoir l’homme parfait et la larme à l’œil, il fallait bien que ce soit la faute à quelqu’un d’autre (m’enfin). Quelques plans plus tard, on rencontre Mademoiselle (presque) Toutlemonde. Extravagante (enfin un peu d’originalité ?), naïve (ah bah non en fait), altruiste et teeeeellement gentille. Pauvre bien sûr et sans histoire (faudrait pas voler la vedette à l’handicapé non plus.)

 

Voilà. Les cinq premières minutes. Courage Daphnée, plus que 105.

 

 

Avant toi

 

 

Et j’ai été surprise. Pas par le film (quoi que) mais par le fait que j’ai finalement apprécié le visionner (qui l’aurait cru ?). Malgré un début un peu catastrophique, je me suis petit à petit laissée embarquer. Parce que j’aime bien les « teenmovies » romantiques, ces films d’adolescents qui dégoulinent d’amour devant lesquels on n’a pas besoin de réfléchir ou même de suivre avec assiduité, on sait à peu près ce qu’il va se passer à l’avance. J’étais partie pour surveiller les éventuelles erreurs, inexactitudes, lourdeurs, préjugés… liés au handicap mais je me suis rendue compte qu’en fait ce n’est pas un long métrage sur le handicap devant lequel je me suis trouvée. En fait je me suis trouvée devant une histoire entre deux jeunes personnes et il se trouve que l’une d’elles est tétraplégique, comme elle aurait pu vivre à l’autre bout du monde, parler une autre langue, être naine ou être à la rue.

 

On ne voit pas ses séances de kiné, on ne voit pas les moments de toilettes ou d’habillage non, les choses sont évoquées pour le bon déroulement des faits mais la lumière n’est pas faite sur les détails de son invalidité. J’ai aimé voir des objets, des adaptations, des installations, sans forcément que l’on m’explique ce que c’est ou sans que je le vois s’en servir. À côté de ça, j’ai aimé voir la maison de la jeune fille, sa complicité avec sa sœur, son mur de chaussures et les différences avec son copain, de plus en plus grande à mesure que le temps passe.

 

Alors je sais ce que ceux qui l’ont vu vont dire, [ALERTE SPOILER] « Oui mais la grande intrigue (sans suspense mais intrigue quand même) reste celle du suicide assisté qu’il veut faire parce qu’il ne supporte pas sa vie avec son handicap. » C’est vrai. Mais on se retrouve davantage à guetter un changement d’avis favorisant l’amour des deux personnages plutôt qu’un changement d’avis incluant l’acceptation de son état n’est-ce pas ? Même là c’est donc la romance qui passe avant le handicap.

 

 

Avant toi

 

 

Quant à la fin, j’avoue m’être retrouvée un peu bête parce que je n’arrivais pas à me décider sur quoi en penser.

 

  • Premier point : si elle avait été autre ça aurait fait too much et ça aurait peut-être manqué de crédibilité, d’impact, mais en même temps tout le film est déjà comme ça. Les musiques, les personnages, les étapes de leur romance, les lieux dans lesquels ils se rendent… Tout est du déjà vu, attendu et revu.
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  • Second point, quand on creuse dans toute cette légèreté, tout cet amour un peu niais, et bien il y a ce fond grave, cette question atroce : peut-on accepter de vivre comme ça ? Et là encore je n’arrive pas à me positionner. Je comprends la démarche de Monsieur Bôgoss dans le film parce que je crois qu’on y pense tous plus ou moins, au début. Mais je me dis aussi que personne n’a le droit de nous donner une réponse. J’ai un ami qui est tétraplégique aussi, un peu moins que lui mais pas si loin non plus. Il a une copine qu’il a rencontré alors qu’il était déjà en fauteuil et ça va faire trois ans qu’ils sont ensemble. Or la finalité qu’on nous montre là ça veut dire quoi ? Que c’est une erreur ? Que sa vie ne vaut pas la peine d’être vécue ?

 

Non décidément je ne sais pas quel bilan faire. Alors je resterai juste sur le fait que je me suis attachée aux personnalités, que j’ai réussi à regarder un film avec du handicap sans être morose, déprimée, gênée, triste, nostalgique ou autre et que même s’il ne termine ni tout à fait mal, ni tout à fait bien, j’ai laissé chanter le générique de fin avec un petit sourire satisfait.

 

 

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3 commentaires sur “« Avant toi » critique d’un film romantique avec un handi

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