Vessieb et toilettes d'handi

« Madame, tu fais comment pour faire pipi avec ta vessie d’handi ? »

 

Le blog a cinq ans. Et pourtant il y a une chose essentielle à propos de laquelle je n’ai encore jamais écrit. Par pudeur sans doute. Mais aujourd’hui il est temps que j’y remédie. Parce qu’enfin beaucoup trop de personnes se posent la question sans oser l’adresser, et de ce fait beaucoup trop de choses (gênantes) sont imaginées qui ne me plaisent guère. Voici donc la vérité.

 

 

Vessie or not vessie ?

 

Tout commence par une histoire de paralysie. Vous savez qu’une personne tétraplégique ou paraplégique voit ses muscles cesser de fonctionner. Et si les muscles cessent de fonctionner, cela implique également ceux qui régissent vessie et sphincters. Ça c’est le premier point. Le second, c’est qu’un para ou un tétra perd également ses sensations. Externes comme internes. Pas de chaud, pas de froid, pas de douleurs, pas d’envie d’aller aux toilettes y tutti quanti.

 

 

Extrait du film Intouchables, Omar Sy et François Cluzet.

 

 

Mais alors… on se fait dessus ? Certains oui. Certains portent des protections toute la journée à l’instar d’un bébé. Pour éviter les problèmes, un rythme est imposé, que ce soit pour faire pipi (toutes les 4h) ou pour aller à la selle (une fois tous les deux jours par exemple). D’autres se font carrément opérer pour avoir un système qui leur permette d’être sondé ou de se sonder par le nombril (pour les cas lourds qui ne peuvent se déshabiller au fauteuil notamment).

Se quoi ? Se sonder. J’y reviendrai vite.

 

 

Dans mon cas ça donne quoi, concrètement ?

 

Et bien voilà, moi je suis tétraplégique certes… mais tétraplégique incomplète. La cervicale qui me vaut d’être en fauteuil ayant « juste » été abîmée et non sectionnée, je n’ai pas tout perdu côté terminaisons nerveuses. Et par chance dans ce hasard neurologique, il se trouve que j’ai toutes mes sensations, internes comme externes (à l’exception des douleurs de règles, si ça ça n’est pas du bol quand même !). Ainsi je sens quand j’ai envie d’aller aux toilettes et à moi aussi ça arrive de dire que « j’ai la vessie qui va exploser » tellement je me suis retenue au ciné ou pendant un long trajet en voiture. Alors quoi ? Est-ce que je me transfère sur les WC à chaque fois que j’ai besoin ?

 

 

WC handicap

 

 

Non. Et heureusement. Entre l’effort que ça demande, la place qu’il faudrait avec le fauteuil, la hauteur du siège qui ne serait pas toujours correcte et l’état de certains toilettes publiques, clairement la question ne se pose même pas. Sans compter que les muscles que sont ma vessie ont beau fonctionner, ça n’est pas le cas à 100%. Ainsi même si je le voulais, je n’arriverais pas à les contracter assez pour tout vider, pas très efficace cette histoire… Et c’est là que je reviens sur le sondage.

 

 

L’auto-sondage, ce truc un peu flou qui inquiète.

 

Il y a un an, on faisait une soirée crêpes avec les copains. L’un d’eux s’était fait opéré il y a peu et narrait Ô combien le sondage qu’il avait dû subir à cette occasion était un acte douloureux et tortionnaire. C’est sûr que se faire enfiler un petit tuyau dans la vessie, quand on n’a pas l’habitude, ça surprend. Amusée, je me penche vers l’amie qui se trouve à côté de moi et lui dit en riant : « Laisse-moi deviner… il n’a aucune idée de la façon dont je vide la mienne de vessie non ? »

 

Et oui, je pratique ce qu’on appelle dans le milieu « l’auto-sondage ». Je fais donc effectivement passer un petit tube de 5mm de diamètre et d’une longueur de 9cm par mon méat (orifice externe de l’urêtre, c’est un trou entre le clitoris et le vagin pour la femme, au milieu du pénis pour l’homme) afin d’atteindre ma vessie, ce qui la vide dans la poche qui fait suite au tuyau. Il ne me reste ensuite plus qu’à vider à son tour la-dite poche, mettre la sonde à la poubelle et c’est réglé.

 

 

Sondes pour vessie d'handi
Sondes Coloplast

 

 

Évidemment, il a fallu apprendre et pratiquer pour que le geste devienne évident et que je n’ai plus à avoir la nécessité d’une aide-soignante ou d’une infirmière pour me le faire (ce fut le cas 6 mois après mon entrée en rééducation, ce qui au vu de mon état de départ a été rapide !) Aujourd’hui, je peux me sonder en pleine nuit, pour la même raison que je peux me mettre des boucles d’oreilles les yeux fermés sans pour autant me charcuter l’oreille : l’habitude. Et non, ça ne me fait pas mal. Pas si je ne force pas. Or si jamais j’ai à forcer, c’est que ma vessie n’est pas réellement pleine et que mon envie de faire pipi est causée par une infection urinaire, non d’un besoin réel.

 

 

Mais c’est pas un peu bizarre ?

 

C’est un aspect de mon handicap non seulement qui ne me dérange pas, mais qu’en plus je trouve particulièrement pratique en fait. Quand on y pense, il n’y a rien de plus hygiénique que l’auto-sondage (le tuyau est dans un tube rempli d’une solution lubrifiante stérile) et il me permet de ne pas être embêtée lorsqu’il n’y a pas de WC adaptés : tant qu’il y a une pièce où je peux m’enfermer avec un lavabo dedans c’est bon. Je peux même (après entraînement et en cas de force majeure type pluie battante et route en pleine cambrousse) me sonder dans ma voiture. Une fois je l’ai fait en forêt aussi, je n’ai eu qu’à vider la poche dans les feuilles comme si j’avais directement fait dans les bois, les fesses en proie aux moustiques en moins, le confort du fauteuil en plus !

 

La seule contrainte que cela entraîne, c’est le matériel. Je dois veiller à toujours avoir des sondes avec moi en quantité suffisante, et lorsque je pars en voyage, ça prend de la place dans la valise. Je n’ai jamais eu de problèmes avec les livraisons de cet équipement (une fois par mois, remboursé heureusement). Avec le temps, j’ai quand même pris le pli de planquer des sondes un peu partout : dans chacun de mes sacs à main ou à dos, dans les WC, la salle de bain, la voiture, les valises « au cas où » J’ai même confié une boîte de secours à mes parents qui n’habitent pas loin « On sait jamais ».

 

 

Rien n’est parfait

 

J’ai beau maîtriser l’acte, je mets forcément plus de temps qu’une personne valide à faire mon petit bazar : une vessie qui se fait désemplir par un tuyau de 5mm de diamètre, c’est pas ultra rapide, surtout quand elle est pleine ! Multipliez ça par deux pour vider la poche et j’en ai pour une douzaine de minutes (8 si je suis en jogging ou en pyjama, 15 si j’ai des collants et une robe longue.) Parfois stressant quand quelqu’un (vous) attend derrière la porte !

 

 

Géraldine Nakache dans Comme t’y es belle

 

Pour ma part, comme j’avais une vessie spastique au même titre que le reste de mon corps, cela entraînait parfois des soucis de fuite (spasme = mouvements involontaires du muscle). Pour contrer cela, je me fais injecter à cet endroit de la toxine botulique (le charmant terme pour ne pas avoir à employer le mot « botox »), deux fois par an environ. Ce n’est pas un moment très agréable mais ça permet à ma vessie d’avoir un comportement normal, au même titre que la vôtre. J’avoue que j’avais mis du temps à accepter cette idée mais m’y finalement plier m’a changé la vie, vraiment !

 

Ainsi voilà comment moi, dans ma situation, avec mon handicap et mes capacités (parmi des milliers d’autres), je vais aux toilettes. Ai-je assouvis votre curiosité ?

 

 

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3 commentaires sur “« Madame, tu fais comment pour faire pipi avec ta vessie d’handi ? »

  1. Inattendu et très intéressant ! Merci de ces explications claires et sans fausse pudeur car il s’agit d’un acte naturel .! Toute mon amitié.

  2. J’ai aidé ma blonde pour les premiers auto sondage et maintenant c’est parti elle se débrouille toute seule, il est vrai que le début est un peu inquiétant.

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