désespérant

Le coussin de l’indépendance, victoire sur la chute.

 

Il y a beaucoup de sujets dont je dois vous parler depuis un certain temps. En début de mois j’avais fait mon petit planning avec mes thèmes d’articles pour chaque semaine. Seulement voilà, parfois il se passe des choses qu’il faut que je vous raconte tout de suite parce que sinon ça n’aurait pas le même sens et parce que si je ne le relate pas à chaud, je sais que je passerais à côté d’une certaine profondeur créée par les émotions de l’instant T. Bref hier soir je suis tombée.

 

Hier soir je suis tombée en faisant un transfert que je fais pourtant tous les jours. Mais un coussin qui glisse, un frein qui fatigue, un regard attiré par autre chose et me voilà le cul entre deux chaises à voir venir le malaise. Ça ne m’arrive pas souvent. Mais ça m’arrive parfois. Dans ces cas là, j’appelle à ma rescousse mon papa parce que je sais qu’il ne jugera pas. Une fois j’ai téléphoné à une amie et ça m’a coûté, pourtant c’est l’une de celles dont je suis le plus proche actuellement. Une ou deux fois aussi j’ai testé la solution pompier dont je vous ai parlé déjà ICI, mais je n’aime décidément pas faire entrer des inconnus chez moi.

 

 

inconnus
Lucille Bluth, Arrested Development

 

 

Pour ce jour donc (cette nuit en fait), aucune de ces solutions ne convenait à la situation. Il était minuit, heure à laquelle les gens qui ont des horaires de travail normaux dorment. De plus, j’avais versé quelques larmes de rage et de frustration alors que je n’avais pas un mascara waterproof, j’étais en pyjama et il était hors de question que quiconque me voit en état de Panda grognon partant en hibernation.

 

La dernière fois que je suis allée en rééducation j’ai passé un mois à essayer de travailler mon relevé de sol dans le but de me remettre dans mon fauteuil toute seule. Sans succès. Il me manque certains muscles, certains points de forces, ce qui ne me permet pas d’effectuer cette manœuvre qui me faciliterait pourtant bien la vie. « Alors comment a-t-elle fait ? A-t-elle dormi par terre ? » J’y ai pensé, je l’avoue.

Et puis mon regard s’est promené dans la pièce dans laquelle j’étais en quête d’une échappatoire, jusqu’à s’arrêter sur un détail auquel je n’avais pas fait attention les fois précédentes. Le canapé de mon bureau est convertible, il se déplie de ce fait en lit et lorsqu’il est rangé, des coussins sont posés dessus pour faire l’assise. Ce qui voulait dire qu’en ôtant l’un d’eux, j’avais la possibilité de me bricoler un escalier afin de me rasseoir dans le-dit canapé. Il ne me resterait plus qu’à faire un transfert normal sur le fauteuil. Je vois que mes explications sont peut-être un peu confuses, photo donc :

 

 

canapé
Photo 1P2Vs, ne pas reproduire.

 

 

Comme ça ça paraît facile, même moi je me suis un instant dit que ça allait le faire. Mais outre ma spasticité, il a d’abord fallu que j’arrive à poser mes genoux sur le coussin installé par terre sans qu’il glisse, qu’ensuite j’arrive à basculer mes fesses sur la partie basse du canapé et « juste » ça, ça m’a quand même pris une bonne grosse une demi-heure… Et ce fut le plus facile !
En effet, que ce soient mes muscles, le contexte, l’environnement ou le mouvement qu’il fallait que je fasse pour passer du lit plié à l’étage supérieur (soit sur le deuxième coussin) la tâche se révéla bien plus ardue que prévue. Une demi-heure de plus dans la vue. Trois quarts d’heure même d’ailleurs. Et je ne vous donne même pas tous les détails.

 

Mais ça y est, me voilà enfin assise dans mon canapé imaginant en voir enfin le bout. Quelle naïve je suis… Après avoir rapproché mon fauteuil, prête à m’y jeter, je me suis aperçue que même en enlevant son coussin à lui cette fois, il était légèrement plus haut que le canapé. Or quelques centimètres de plus pour mes petits bras tristes et faibles c’est beaucoup. J’ai bien cru devoir capituler : petit coup d’œil sur Facebook Messenger voir si l’un des copains habitant pas loin est en ligne mais que nenni c’est illusoire, visiblement ils dormaient tous comme des loirs (oui je me lance dans les rimes, soyons fous) !

 

Et puis non ! Avoir à ce point peiné pour en arriver là et se retrouver coincée à cause d’un détail, ma fierté s’y refusait. Alors entre deux crises de larmes (parce que vous ne croyez tout même pas que dans ce genre de situation c’est le calme et la sérénité absolue qui nous habite ?) deux essais insuffisants, voire trois ou quatre d’ailleurs… Même cinq ou six plutôt, je fini par trouver la parade. Comment ? Encore et toujours cette stratégie de la pyramide.

 

 

pyramide
Jamel Debbouze, Astérix et Obélix mission Cléopâtre.

 

 

J’attrape un oreiller qui sert de déco que je mets sous le coussin du canapé, une épaisseur en plus. J’installe ensuite le coussin du fauteuil par-dessus le tout, deux épaisseurs en plus (je venais de regarder une émission de télé où ils parlaient de mille-feuilles, ça a dû m’inspirer). Et moi de m’installer tant bien que mal (et au fur et à mesure toujours) en haut de cette pile étrange, sans perdre l’équilibre bien évidemment (il ne manquerait plus que ça !)

 

Vous savez quoi ? J’ai réussi. Sur le coup je n’en n’ai même pas été fière, j’ai juste eu un sentiment de corvée (enfin) achevée. Mon premier réflexe a été de regarder l’heure. Deux heures et six minutes c’est le temps que j’ai mis à me remettre sur mon fauteuil après en être tombée. Deux heures. Et six minutes. Il était grand temps d’aller se coucher, pourtant dans ma tête ça tournait à toute vitesse : « la prochaine fois, je pourrais faire comme ça pour que ça aille plus vite, je pourrais faire ça ou utiliser ça pour que ça se passe mieux… » S’améliorer, toujours. Aller plus loin, gagner en indépendance encore et encore. La seule chose qui me demandait encore de compter sur quelqu’un d’autre que moi-même c’était ça, la chute. Aujourd’hui j’ai pu y remédier seule, et finalement mon deuxième réflexe avant de rejoindre mon lit, ça a été ça, cet article, écrire. Écrire ce que je ressentais à ce moment-là, ou plutôt ce que je ressens à ce moment-là. C’est une victoire. Pas une victoire qui me rend joyeuse, mais une victoire qui me fait voir plus loin. Une victoire qui a aussi un goût de vengeance. Sur cette vie qui m’a été imposée, sur ce corps qui ne m’écoute pas, sur ces gens qui nous sous-estiment. Je suis une handi ok, mais franchement avant ça (et un peu grâce à ça aussi) je suis une warrior non ? (Sur ce je vais me coucher.)

 

 

coussin
Lilo et Stitch, studios Disney

 

 

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11 commentaires sur “Le coussin de l’indépendance, victoire sur la chute.

  1. Une anecdote que j’aurais pu écrire 😉 Mais en rajoutant un max de compliments pour moi même et donc pour toi parce que ça les vaut bien! Donc tu es une belle, jeune, battante, hyper sexy femme qui a réussi un exploit, une prouesse, que dis-je un miracle et tu mérites bien de te jeter un énorme gigantesque bouquet de fleurs!
    BRAVO!

  2. Super article et surtout yeah je suis fière pour toi
    Je prie tous les jours pour ne pas perdre ma capacité à remonter dans mon fauteuil! Alors vraiment je suis contente pour toi . Toi une warrior? Tu crois?!! 😁😁

    1. Daphné tu es une grande battante. Je comprends que ce soit très compliqué. Si j’habitais près de chez toi ce sera avec plaisir que je viendrai t’aider, il ne faut pas hésiter de demander à tes ami(e)s !

      1. Même à mes amis j’ai du mal, je ne veux qu’ils me voient en position de faiblesse : c’est un peu idiot mais… je ne veux pas qu’ils se « souviennent » que je suis handi…

  3. « état de Panda grognon partant en hibernation »…….alors ça je demande à voir !!! hihihi trop drôle!
    Mais bon, va quand même falloir qu’on trouve un système plus sûr, plus rapide et surtout moins fatiguant pour toi.
    On va oublier le treuil envisagé un moment. Tu as fait suffisamment de progrès maintenant pour s’en passer. Mais il faut trouver quelque chose d’à la fois esthétique et pratique. J’ai une ou deux idées. Il faudra qu’on en parle…..

  4. Ma hantise absolue : me retrouver par terre …seule … comme toi j’ai bien galéré une fois , mais le marche pied ikea de la salle de bain pour ma 4 ans m’a sauvé la mise !!! en fait LES marche pieds qui ont des hauteurs différentes ! (autrement la première qui trouve une promo sur la moelle appelle l’autre , c’est ok ? 😉 ).

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