Écrire… oui, si le handicap ne nous en prive pas !

 

Aujourd’hui l’écriture. J’ai découvert une blogueuse talentueuse. Ou plutôt une blogueuse talentueuse m’a découverte : elle a laissé un petit mot à la suite d’un de mes articles et j’ai eu la curiosité d’aller lire ce qu’elle a pris l’habitude d’écrire. Grand bien m’en a pris. Elle manie les mots avec douceur et adresse. En parcourant l’un de ses textes, je me suis mise à songer au fait d’écrire justement, à la place qu’il a finalement toujours eu dans ma vie. Et soudain, au détour de ma réflexion, une constatation s’est imposée à moi : j’ai failli ne plus jamais pouvoir tenir un stylo de ma vie.

 

Enfant, j’écrivais mes rêves sur des pages blanches, de celles que je piquais dans l’imprimante des parents, et puis je les planquais sous mon matelas. J’oubliais que c’était ma maman qui mettait encore ma housse de matelas et que de ce fait, ils n’étaient pas si bien cachés de ça.

 

Ado, c’étaient mes inquiétudes et mes doutes que je couchais sur quelques copies doubles à carreaux, des feuillets volants de ci, de là.

Bref, j’étais de ces gamines insupportables qui jubilaient à l’idée d’avoir deux heures d’expression écrite notée en guise de contrôle de français. (Rassurez-vous, c’est bien le seul examen qui me plaisait…)

 

 

The Big Bang Theory

 

 

Finalement je n’y faisais pas attention mais le maniement de stylo, écrire, faisait partie de moi, de mes besoins fondamentaux. Extérioriser, ranger, éclaircir, conserver. C’était ma détente, mon agacement, ma rage, mon incompréhension, ma joie, toutes ces choses qui n’avaient de sens que pour moi et que je gardais là, entre ces lignes, pour me souvenir.(J’écris au passé mais c’est aujourd’hui encore le cas)

 

Lorsque je me suis réveillée à l’hôpital suite à l’accident, mes doigts ne bougeaient plus. Pas davantage que mes jambes. Je ne suis pas sûre de m’en être inquiétée tout de suite. Ce dont je me souviens parfaitement en revanche, c’est qu’une fois ceux de droite revenus, je dû ré-apprendre à former mes lettres. Comme en tout début de l’école primaire, je me suis retrouvée en ergothérapie, alors que je venais d’avoir vingt ans, à refaire des lignes de a, des lignes de b, à m’entraîner pour arriver à rendre mes mots lisibles. Je n’ai récupéré que la motricité fine de ma main forte, et si la plupart des gens, moi comprise, a tendance à l’oublier, aujourd’hui je mesure l’impact de ce « détail ». Et si ça n’était pas revenu ? Si ça l’avait été, mais à gauche ?

 

Bien sûr il y a l’ordinateur. Je n’écris d’ailleurs mes articles que par ce biais là. Mais mes pensées ? Mes songes ? Mes espérances ? Mes craintes ? Quelle vie ont-ils à travers cet écran ? Dans mon cahier il y a les jours de fatigue, avec des lettres plus tremblantes, les jours joyeux avec une écriture assurée, les doutes écrits en petits ou mes motivations aux lignes plus larges, plus pressées. Bien sûr il y a les textes des moments de tristesse ou de nostalgie avec parfois, un léger gondolement du papier à l’endroit où une larme s’est échappée pour venir s’y échouer.

 

Mon stylo plume pour les lettres formelles, mon stylo à bille pour tout ce qui défile dans mon esprit, mes crayons de papier pour les post-it et les brouillons, mes feutres colorés pour les cartes postales aux copains… Je ne veux pas imaginer une vie dans laquelle mon bureau serait privé de ma trousse d’écolière. Seulement si je la refuse aujourd’hui, elle a pourtant bien eu des velléité de pointer son nez et, pire encore, de s’installer !

 

 

 

 

(Cette chanson fait toujours du bien entre deux lignes non ?)

 

Je n’aime pas l’idée de chance dans le malheur, mais parfois je suis forcée de constater que le pire m’a effleurée, pas qu’en pensées, si seulement !

 

Parce que si j’avais gardé des doigts inanimés, certes je n’aurais plus eu la possibilité d’écrire, et c’est mon sujet aujourd’hui, mais tout le reste ? Les couverts, la brosse à dents, le peigne, le mascara, la poignée de la porte, le verre d’eau, les lacets…

La vie est parfois bien joueuse. Une personne m’a écrit il y a peu que les défis étaient fait pour être relevés. Mais ça. Qui y pense vraiment ? Une plaque de verglas, une voiture, un petit coup derrière la nuque et l’adulte redevient enfant, les premiers mois dépendant pour tout, tant pour s’habiller que se déplacer et autres banalités quotidiennes. Et le défi c’est quoi ? De se battre. Et quand on parle de bataille, les personnes extérieures comprennent qu’on a essayé de se relever mais encore une fois, « tout le reste » ? Qui comprend qu’accident de voiture égal deuxième apprentissage de la tenue d’un stylo ? Égal essayer des jours et des jours durant d’écrire tant bien que mal ne serait ce que son nom et son prénom ?

 

La toute première phrase entière à peu près lisible que j’ai réussi à coucher sur papier, je l’avais donnée à mon premier bébé kiné* qui s’occupait alors de moi. Aujourd’hui devenu un ami, je lui ai envoyé une carte du Canada le mois dernier. Il a été étonné que mon écriture soit jolie, lui qui avait conservé celle qui donnait l’impression d’avoir été formée par une enfant de six ans. Étonné de voir que, quatre plus tard à peine, c’est bien une écriture adulte tout ce qu’il y a de plus normal que j’utilise sans peine.

 

 

*kiné stagiaire encore en école

 

 

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8 commentaires sur “Écrire… oui, si le handicap ne nous en prive pas !

  1. C’est marrant. Je suis en rééducation et un de mes objectif principal est de retrouver un peu d’écriture.
    Mais j’avoue, je ne cherche pas à pouvoir coucher mes pensées sur le papiermais au moins signer et remplir mes chèques !

    1. Oh Circée, je comprends tellement l’étape que tu es en train de vivre. Courage, et au pire tu sais les chèques, c’est pas le plus important, sur un malentendu tu peux même t’éviter une ou deux factures :p mouahah

  2. Et moi donc… Mon stress, écrire des mots à la maîtresse de ma fille et être jugée. Ou juste mal comprise.
    Regarde hier, j’ai fait une liste de courses à mon auxiliaire, crois tu vraiment que j’ai mangé ce qui était écrit? looooooool
    Et les livreurs amazon, quelle histoire…
    Tiens une anecdote. Merci 😉
    <3

    1. Quand on est maman ce doit être difficile en effet, de passer pour un exemple qui « écrit mal ». Dur dur d’être le modèle idéal quand on a un handicap !

  3. on ne se rend compte de l’importance des mains que …..lorsqu’on en est privé momentanément ou définitivement.
    Comme tous les sens d’ailleurs ou ….les gens que l’on aime.
    Suis content que tu puisse utiliser ta main droite valide à …..90%
    Mais il te manque encore la gauche. Un jour sûrement même si ça ne sera pas naturel.
    Au fait: ton frère aussi aime écrire.
    Clearvador

  4. Oh Daphnée. J’ai pleuré – non, j’ai juste eu une grosse grosse bouffée d’émotion -. Déjà, ça me touche tellement mais alors énormément que tu aies pris le temps de me citer dans ton article. Tu ne peux pas imaginer.

    Ensuite. Ce sujet est tellement, tellement vrai, tellement métalico-cru et sincère. Tu m’en avais déjà un peu parlé dans les commentaires de mon blog. Mais le lire en entier ici, c’est quelque chose qui bouillonne tout bas au fond de ma poitrine. Et je ne sais même pas quels mots te dire pour ne pas avoir l’air maladroite. Juste, je te lis, et j’adore te lire.

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