Entrer en centre de rééducation

 

Lorsque je suis arrivée dans le premier centre de rééducation, je sortais de l’hôpital : je ne me rendais pas réellement compte de ce qu’il se passait aussi en ai-je peu de souvenirs. Cette fois, j’ai pleinement conscience de chaque fait et de chaque détail de ce nouveau changement. C’est à la fois excitant et apeurant, motivant et fatiguant.

 

jack sparrow peur

 

Déjà à peine arrivé que vous êtes entraîné dans une mécanique qui ne semble bien huilée qu’aux gens en face de vous. Tel un un ballet, ils viennent à vous, se présentent, expliquent deux trois petites choses concernant leur rôle auprès de vous puis repartent pour laisser place au suivant et ce pendant un temps qui semble interminable. Comme si c’était le retour des rentrées au collège, chacun y va de son questionnaire pour mieux connaître « la bête ». La seule différence réside dans les questions. En une journée vous allez devoir indiquer environ trente-six mille fois votre âge, votre poids, votre date de naissance, votre régime, la date de votre accident et son déroulement, les études/le travail que vous faisiez, les choses du quotidien que vous êtes capable de faire ou non, vos médicaments, votre taille BREF, prévoyez l’autobiographie à distribuer.

 

Côté quotidien, c’est un peu comme s’il fallait tout recommencer. Les habitudes qui avaient été prises au fur et à mesure de la rééducation se trouvent un peu bouleversées. Quand vous achetez une nouvelle voiture, vous allez faire comme vous faisiez avec l’ancienne n’est ce pas ? Seulement elle a les mêmes fonctions mais ce n’est pas le même modèle alors vous allez peut-être caler une ou deux fois parce que la sensibilité de la pédale d’embrayage n’est pas tout à fait pareil. Vous allez peut-être mettre la radio au lieu de mettre la climatisation car les boutons sont inversés dans celle-ci par rapport à l’ancienne. Et bien là c’est pareil. La chaise pour prendre la douche ou le lit par exemple : ce ne sont qu’une chaise de douche et un lit, leur fonction ne change guère. Oui mais ils ne fonctionnent ou ne sont pas fabriqués tout à fait avec les mêmes astuces que ceux d’avant. De ce fait, le moindre petit changement matériel entraîne quelques complications : il faut se ré-adapter, trouver de nouveau « trucs » et avant de les trouver et bien, il faut ramer. Et puis, quand vous vous mettez en colocation (car ici je suis dans une chambre double) avec quelqu’un qui n’a pas le même rythme que vous, là encore vous avez besoin d’un temps d’accoutumance pour organiser un nouveau quotidien sans entraîner de gène (pour vous ou pour n’importe qui d’autre) Les premiers jours seront donc riches en essais, en échecs, en petites victoires, en frustrations et agacement. Pas de quoi s’ennuyer !

 

Et puis il y a ces choses techniques qui n’ont rien d’agréable mais qui sont importantes quand on débarque dans un milieu touchant la santé. Radios, échographies, analyses d’urine, analyses sanguine, mesures du rythme pulmonaire, mesures du rythme cardiaque, test de vos muscles… Finalement ces gens que vous connaissez depuis trois jours en sauront plus sur votre corps que vous-même. Si ce n’était pas justifié, ça en serait presque effrayant !

 

desespéré

 

Enfin, si nous nous penchons vers la rééducation pure, là encore ce n’est pas évident, surtout quand ils vous prennent « en cours de route » : vous avez eu du changement avant eux mais vous en attendez encore de leur part. Il faut donc leur montrer ce que vous pouvez faire et entendre parfois que ce n’est pas la meilleure façon de le faire. Les habituer à votre caractère, votre personnalité, et leur faire comprendre ce que vous savez et voulez faire seul. Il faut leur faire assimiler votre objectif tout en leur prouvant que vous avez bien connaissance de votre situation. Et vous, il va falloir leur faire confiance, essayer de se laisser un peu faire, trouver le professionnel qui croit en vous et vous poussera en avant sans pour autant vous faire tomber.

 

Quant à moi, j’ai un facteur supplémentaire à gérer : je suis seule, loin de tous ceux qui me soutiennent et que j’aime. Alors c’est vrai, je ne sais pas où je vais et ça fait peur mais disons que je suis entre de bonnes mains et que si le malheur qui n’est censé arriver qu’aux autres m’est tombé dessus, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas le cas du miracle !

 

 

Si vous aimez, n'hésitez pas : partagez !
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Email this to someonePrint this page

2 commentaires sur “Entrer en centre de rééducation

  1. Tu me fais penser au livre de Grand corps malade!
    Puis j'imagine bien même si je n'ai pas eu d'accident à chaque fois que je vais en centre de rééduc j'ai l’impression de passer une semaine à raconter ma vie à tout le monde puis autant de temps à me sentir un peu moins bête et à pas me perdre d'un endroit à l'autre.

Vos réactions...