Et ton caleçon, il est de quelle couleur ?

 

Ça ne me gêne pas de parler de ce qui m’est arrivé : je pars du principe que ça fait partie de moi. Cependant, aujourd’hui n’étant ni hier ni demain, je me surprends à vouloir rembarrer ce chauffeur de VSL que je connais depuis cinq minutes à peine.

 

Il doit bien être la millième personne à me demander chaque détail de mon accident et là, tout de suite maintenant, je n’ai aucune envie de lui livrer ces informations qui relèvent davantage de la curiosité mal placée que du réel intérêt envers ma personne. Qu’il s’enquiert des cervicales exactes qui ont été opérées lors de mon séjour à l’hôpital me fait le même effet que s’il m’avait interrogé sur ma taille de soutien – gorge. Avant,  quand je rencontrais une personne, nous faisions connaissance à travers le métier, les passions, les origines… Désormais, ces choses-là ne valent plus rien. Les gens partent du principe qu’être handicapé est une fonction en soi. Comme être en centre de rééducation est une réponse au « Que fais-tu dans la vie ». Nos passions quant à elles se trouvent largement devancées par nos malheurs, et nos origines ne vont pas au-delà du lieu où notre vie a basculé. Parfois j’ai l’impression qu’aux yeux de certains (je dis bien certains : ce serait bien triste si c’était une généralité) il n’y a rien « avant » justement. Rien, ou personne. Quelque part, avoir tous les tenants et les aboutissants de ce qui fait notre différence les rassurerait-il sur leur propre existence ?

 

Je ne dis pas que nous devons taire ce que nous sommes finalement,  je dis juste qu’il aurait au moins pu me demander mon prénom avant de me questionner sur le temps qu’ont mis les pompiers à me sortir de ma voiture !

C’est comme si, face au handicap, quelques-uns oubliaient les règles élémentaires de politesse. Ainsi F. me racontait l’autre jour qu’en se promenant dans la rue en fauteuil roulant avec sa sœur, une dame l’avait arrêté pour connaître la raison de son état. Vous vous imaginez vous, allant chercher votre baguette de pain, vous faire accoster par un inconnu :

« Bonjour, dites-moi, pourquoi avez-vous choisi de mettre un pull gris ce matin ? « 

« Excusez-moi monsieur, cet enfant, il est de vous, vous avez fait des examens ? Il est né à quelle clinique ? « 

« Bonsoir, vous faites du sport à quelle fréquence ? « 

Ridicule n’est-ce pas ? Oh je sais ce que vous pensez, « ce n’est pas pareil ». Bien. Prenez nos places, vivez le, et je vous assure que vous trouverez beaucoup moins d’excuses à ces personnes sans gêne. Dois-je rappeler qu’avant d’être des handicapés,  nous sommes des personnes ? 

 

C’est comme ce monsieur qui faisait de la publicité pour un festival adapté et en faveur des gens « comme nous ». Pas une seule fois il m’a regardé, pas un mot il m’a adressé, même pas une salutation, non. Il a préféré parler à la personne qui m’accompagnait. Je me suis presque sentie de trop… Mais quand est-ce que ce sera compris, le fait qu’être incapables de marcher ne nous empêche ni de parler, ni de penser, ni de réagir ? Handicap physique et handicap mental ne vont pas forcément de pair ! Il manque une jambe solide, un bras fort, un dos droit… parfois quelques neurones, mais jamais tout le cerveau (normalement).

 

Ah, et pour ceux qui doutent, étant dans le même pays, nous parlons la même langue. Si si, et même que nous avons en général un très bon sens de l’humour. C’est donc naturellement que nous avons aussi un sens critique et que parfois, si le ridicule ne tue pas ceux dont je vous ai parlé ci-dessus, il nous fait dans tous les cas bien rire.

 

 

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4 commentaires sur “Et ton caleçon, il est de quelle couleur ?

  1. C'est tellement vrai qu'être dans un fauteuil ne veut pas dire ne pas parler, ne pas comprendre…
    Maintenant j'en joue des fois peut être pour dédramatiser ou me moquer de cette étiquette qu'on me met sur le dos avant même de me dire bonjour. Mon grand jeu est quand je suis avec mes neveux et nièce est de me mettre à jouer la débile d'un seul coup parce que déjà il me saoule avec leur "c'est la honte" puis au moins les gens me regarde mais je sais pourquoi! Et je ne cherche pas à me moquer des gens ayant réellement des problèmes cpognitifs parce que aussi ont le droit de se balader sans qu'on les regarde avec pitié.

  2. Oui, parfois c'en est tellement ridicule que l'on en ri. C'est normal de ne pas savoir comment réagir face au handicap quand on ne connaît pas, mais quand même : certains manquent cruellement et de tact, et de discrétion !

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