Fauteuil et estime de soi #2 – Je ne plairai plus

 

La semaine dernière, j’ai rencontré Paul, 19 ans. Il vient d’avoir son accident,  j’avais tout juste un an de plus lors du mien.  C’est étrange de parler ensemble. Bien. Mais étrange. Parce qu’on a vécu des choses très similaires,  seulement on n’a pas les mêmes ressentis. Il ne se pose pas les mêmes questions que je me posais à ce moment de ma rééducation. Différence de caractères ? Différences de vies. Et puis c’est un garçon, aussi.  Mais peu importe. Il m’interroge et je lui réponds, lui explique, le bon comme le moins bon, comme je le peux. Parmi toutes ces inquiétudes, celle de finir seul. Ne plus plaire. Ne pas trouver quelqu’un qui l’aimera tel qu’il est. Je me souviens avoir eu des réflexions comme celles-ci, même si ça m’accablait moins que ça n’a l’air de l’accabler lui. Je ne me laissais pas le temps de penser à ça, j’avais un objectif et rien ne pouvait m’en défaire. Ma rééducation avant toute autre considération.

 

Mais avoir peur de ça c’est logique, j’en ai eu d’autres des discussions de ce genre là. Parce que la société actuelle rend le fauteuil laid. Alors on y croit et on n’envisage pas autre chose. Personne ne nous dit qu’il y en a, de belles histoires, même pour les handis. Pas de Oui-oui est amoureux de Lilou et sa jambe de bois ou de Martine en fauteuil est la plus jolie pour aller danser. Pas de film où le beau gosse de l’école a de l’asthme, pas non plus de Princesse avec une béquille. Et pourtant il y en a.

 

 

 

 

Alors je lui ai parlé de Jean-Pascal Laffont et de Sébastien Lhuissier, handi-sportifs paralympiques qui ont tout deux rencontré celles devenues leurs femmes bien après leurs accidents. De leurs enfants aussi. « Mais ce sont des athlètes haut niveau, c’est plus attirant » pourrait-on dire. D’accord. Parlons d’Adrien alors. Marié et papa lui aussi. Il est représentant pour une entreprise et cette vie amoureuse, elle a commencé en boîte sur son fauteuil, avec un plan drague plus ou moins maîtrisé, comme n’importe qui d’autre. Voilà. »Ah mais les femmes elles ont l’instinct maternel, elles ont moins de mal avec le handicap ». Pas faux. « Du coup ça doit être plus difficile pour une nana qui est en fauteuil non ? ». Non. J’ai moins d’exemple pour le coup parce qu’en fait j’en connais peu, des handis de sexe féminin, la plupart que j’ai rencontré ont eu plus de chance que moi et ce sont bien mieux remises. Cela dit j’ai déjà croisé une para avec un fils moins vieux que son fauteuil (or jusqu’à preuve du contraire, les enfants ça ne se fait pas encore à un) et une fille avec une maladie de naissance visible sur le point de se marier. Pas de désespoir non plus de ce côté là donc.

 

Ceci étant dit, je vais être obligée de sortir une phrase bateau mais néanmoins très juste. Avant d’espérer se faire accepter par quelqu’un d’autre, il faut déjà commencer par s’accepter soi-même (je vous avais prévenu, aucune originalité). Être capable de se regarder dans le miroir (déjà) et de se dire que bon, on n’est pas si mal que ça (ensuite). Ok, il y a le fauteuil. Mais il y a aussi ce sourcil avec une drôle de forme, ce nez qu’on trouve trop grand et ces cheveux qui ne font jamais ce qu’on veut. Des cuisses qu’on ne considère jamais assez fines (ou assez musclées pour les garçons), des pieds bizarres (en même temps le pied est à la base quelque chose d’assez disgracieux à mon humble avis) et le petit ventre qu’on est les seuls à voir. OK. Soit les mêmes soucis que l’on s’est toujours donné, handicap ou pas. Parce qu’à côté de ça, handicap ou pas, il y a cette mignonne fossettes au milieu du menton quand on ri, ces yeux bruns en amandes avec de longs cils, deux jambes de la même longueur et cette charmante moue quand on fait semblant d’être vexé. Handicap ou pas.

 

Et finalement n’importe qui pourrait trouver une raison de ne jamais trouver quelqu’un qui l’aimera comme il est : des amis trop présents, une transpiration facile, une passion envahissante, un métier avec des horaires impossibles, un refus d’avoir des enfants… Trop petit, trop grand, trop gros, trop maigre, pas assez intelligent, pas assez cultivé, trop vieux, trop jeune, trop, pas assez, pas assez, trop…

 

 

plaire fauteuil

 

 

En en parlant avec une amie l’autre jour, elle disait en rigolant qu’au moins, avec le fauteuil, ça faisait un premier tri sans effort ou sans être ennuyée. (Bon en vrai, texto, ça donnait  : « Finalement c’est pratique, ça te vire déjà une partie des cons ! » mais nous sommes dans un blog respectable, je censure…) Donc oui j’ai eu des histoires, oui je me fais draguer, oui il m’est arrivé de draguer aussi et non, me voir dans un miroir dans le fauteuil ne me dérange plus. Je préférerais sans c’est sûr, mais maintenant je l’accepte tant que j’en aurai besoin. Parce qu’on vit mieux quand on se trouve bien.

 

Handicap ou pas.

 

 

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