J’ai testé l’exosquelette, cet engin du futur

 

Les derniers mois pendant lesquels je devais être en rééducation, je suis partie dans un centre qui possède un exosquelette. Comme j’y étais allée notamment pour ça, et même si à la base je ne correspondait pas tout à fait au profil recherché, j’ai eu droit à mes séances avec cette technologie. Alors, qu’est-ce que ça donne ?

 

L’exosquelette est une structure à la fois mécanique et électronique qui, une fois activée, peut assister la marche voire la prendre en charge complètement, selon le modèle ou le programme utilisé. Alors oui c’est vrai, comme ça, ça fait rêver. Mais il faut être prudent car ce n’est pas « magique » non plus.

 

Déjà parce que ce n’est pas possible à toute personne d’utiliser ce bijou aux allures futuristes. Avant de partir dans l’aventure, nous avons droit à un test pour vérifier la capacité de notre corps à « subir » l’exercice. En ce qui me concerne, ça a été un échec et je n’aurais pas dû y avoir accès. Étant donné que mes jambes sont spastiques (elles ont parfois des contractions réflexes difficiles à maîtriser), il semblait dangereux de « m’enfermer » dans une structure qui devait leur faire faire des mouvements contre leur gré. Deux conséquences possibles en cas de spasme pendant le travail avec l’exosquelette : se déchirer/froisser/fouler/casser quelque chose ou endommager la machine. D’un côté comme de l’autre, c’était un risque à éviter. Seulement voilà, quand j’ai une idée en tête, je ne l’abandonne pas avant d’avoir fait le maximum pour la suivre. Et puis j’ai eu la chance d’avoir une kiné qui a pris à cœur mon cas et qui me faisait confiance : elle avait compris que je suis prête à tout pour remarcher, mais pas à me mettre en réel danger.

 

Alors pendant deux semaines, nous avons travaillé à étirer et détendre mes muscles dans le but de limiter la violence de leurs réactions. Et puis un jour, nous avons plongé. Nous nous sommes aperçues que le vrai soucis n’était pas la marche car une fois lancées, mes jambes étaient plutôt coopératives. Non, le vrai soucis, c’était le passage de la position assise à la position debout. C’était pendant cet instant là que mon corps, s’il était trop fatigué ou contrarié, décidait de se raidir complètement : mon pied se déchaussait et il fallait tout recommencer. Et quand je parle de « tout recommencer », c’est se rasseoir, rechausser, re-régler les attaches, en bref : ré-harnacher la bête. Alors il y a des jours comme cela où il fallait s’y prendre à trois reprises. Heureusement, cela restait rare et en règle générale j’arrivais à me concentrer pour gérer le caractère imprévisible de mes muscles. Cela dit, nous avions réussi à « prendre le pli » aussi parce que nous avions réduit au maximum la vitesse de levé de l’exosquelette. Ça faisait partie des nombreux réglages à faire sur l’engin pour l’adapter à chaque personne l’utilisant.

 

Une fois debout du coup ? Pour ma part, je n’avais ni béquilles ni déambulateur : je m’appuyais sur ma kiné qui se mettait face à moi. Nous utilisions cette méthode car c’était ce qui me convenait le mieux pour travailler et mon équilibre et ma posture. Ça évitait que je me place en regardant mes pieds, le dos cassé. Une autre personne se postait derrière moi et s’occupait du rythme de l’exosquelette sur une sorte de télécommande prévue à cet effet. Lorsque je fatiguais ou que j’avais du mal, elle était là pour me prévenir aussi de mes mauvaises postures dont je ne me rendais pas toujours compte.

 

D’accord mais t’as marché non ? Oui, j’ai marché. Et non, ça n’a rien eu d’émouvant. Je sais, je viens de vous annoncer que le Père Noël n’existe pas… Je ne dis pas que c’est un objet inutile attention ! Il a été extrêmement bénéfique à ma rééducation. En effet, être debout et faire bouger des membres qui en avaient perdu l’habitude ne peut être que bénéfique : ça permet de renforcer les os et le dos, de faciliter la circulation sanguine, de faire travailler les muscles faibles, de mieux gérer son maintient, …, …

 

Maintenant il faut voir les choses de façon objective : c’est un outils de travail, non un miracle qui va nous permettre de vivre debout au quotidien. Vous ne pouvez pas vous lever le matin, enfiler votre exosquelette et partir au travail à pieds. Non. Déjà parce que pour s’y installer seul, il faudrait être très doué , ensuite parce que se trimballer avec un poids tel se fait bien sur une demi-heure, pas sur une journée entière. Et puis son utilisation demande une grande concentration sur chacune des parties de votre corps : il faut réfléchir à son mouvement, penser à la répartition du poids, ne pas oublier de regarder devant soi sans pour autant abandonner de visualiser votre avancée. Pendant ce temps là, vous ne profitez pas, d’autant plus que rappelons le, vous êtes dans cet engin aussi à l’aise que si vous vous promeniez comme ça (et encore !) :

 

lourd

 

Vous marchez d’accord mais ça reste de l’assistanat : vous savez que ce n’est pas vous et qu’une fois de retour dans votre fauteuil, ça n’aura pas changé.

 

En conclusion, l’exosquelette est une avancée technologique merveilleuse, c’est incontestable. Mais outre que ce n’est que le début (dans dix ans ce sera devenu notre Windows 95 à nous), ce n’est, je le répète, qu’un outil de travail. Très bon outil, efficace et utile pour beaucoup de points certes. Mais il n’est pas encore une solution. Un espoir sans aucun doute possible, mais pas encore une solution et il faut être prudent dans son discours concernant cette technologie (pour une fois que je me montre raisonnable).

 

Ah et au fait, entre le son et les sensations, j’ai bien souvent eu l’impression de m’être transformée en mon vieil ami…

 

 

 

Si vous aimez, n'hésitez pas : partagez !
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Email this to someonePrint this page

Vos réactions...