L’ascenseur, terre promise.

 

Il vous faut savoir cher lecteur, chère lectrice, qu’il y a un lieu en centre de rééducation qui attire bon nombre de convoitises. Et comme j’ai décidé de tout vous dire, je vais vous révéler chacune des stratégies mises en place par les uns et les autres pour se l’approprier, libre à vous d’adhérer à l’une ou à l’autre. Dans ce genre d’établissement,  il en va de votre survie. Aujourd’hui,  je vous parlerai donc d’ascenseurs.

 

Pour commencer, à l’instar des années de collège, lycée ou d’études supérieures, tout patient voit sa journée et même sa semaine toute entière réglée comme du papier à musique grâce à son emploi du temps. À telle heure kiné, repas puis piscine et renforcement musculaire, de nouveau repas … Ainsi, pendant la rééducation pure et dure le passage dans les ascenseurs se fait de façon assez fluide et régulière mais penchons-nous sur l’heure de déjeuner et vous comprendrez le pourquoi de cet article.

 

Déjà, pour se rendre au réfectoire, il n’y a que deux ascenseurs à l’intérieur desquels ne peuvent tenir que deux fauteuils (je ne parle pas des rollateurs, déambulateurs ou béquilles qui se font plus petits) Deux ascenseurs pour une petite centaine de personnes c’est peu sachant que toute activité cesse à 11h50 et que « le midi, c’est à 12h » ! L’être humain ne vit parfois que pour manger, et les gens passé un certain âge affectionnent tout particulièrement la ponctualité. A partir de là nous assistons parfois souvent à de véritables sketchs devant les portes de cette invention, qui prend alors autant d’importance que des écrits religieux pour les croyants (excepté le fait que les portes, ils peuvent les insulter) Dans ces petites scènes quotidiennes, peuvent être reconnus plusieurs types de patients.

 

  • Les (trop) polis : après avoir longuement attendu que l’ascenseur se libère,  le voici enfin ! Seulement voilà, par politesse le patient posté devant souhaite laisser passer l’autre fauteuil à côté de lui. Ce dernier n’ose pas et préfère y aller en second. Ah mais le premier n’en fera rien et après quelques secondes de plus à se battre pour savoir qui fera preuve du plus de civilités, l’ascenseur se referme et repars, appelés dans les étages. A force, ça peut être long…
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  • Ceux qui jouent leurs vies : comme certains individus dans toute file d’attente qui se respecte, il y en a qui n’hésitent pas à doubler. De façon naturelle toujours, ils s’imaginent soit que cela passera inaperçu,  soit qu’ils sont dans un état qui les excuse (vieillesse, handicap…) Ils oublient alors que nous sommes tous dans le cas et deviennent sourds à quelque protestation que ce soit. Le plus amusant, c’est que ce sont eux aussi qui, la porte de l’ascenseur ouverte, rentrerons dans les autres au cas où ces derniers n’auraient pas compris qu’il fallait avancer…

 

  • Les joueurs de Tetris : je vous le disais plus tôt, seuls deux fauteuils peuvent entrer, mais il est possible de caser alors « dans les coins » des patients à pieds mais qui sont dans l’incapacité physique de monter par les escaliers. Il m’arrive d’avoir la nette impression qu’il doit exister un livre des records « spécial rééducation » dont je n’aurais pas entendu parler. Hors je vous l’annonce, nous avons ici des concurrents sérieux qui chaque jours, inlassablement,  tentent de battre celui du nombre de patients pouvant tenir dans l’ascenseur. En essayant de gagner ainsi du temps, en général ils en perdent plutôt, mais l’effort y est…

 

  • Les perdus : il est malheureusement des pathologies où la tête n’est plus vraiment claire mais ce n’est pas écrit sur leur front. Il arrive alors qu’ils soient devant la file mais qu’ils oublient d’appuyer sur le bouton, et le temps que quelqu’un s’en aperçoive… Il arrivera aussi qu’un patient ne trouve plus ses repères et fasse deux allers retours avant qu’un autre ne leur indique de sortir : c’est souvent dans ces moments-là que nous pouvons faire la différence entre les gens compréhensifs et bienveillants à ceux égocentriques et désagréables de nature.

 

Après, il y a les impatients, les énervés, les blasés, les prévenants (tellement d’ailleurs qu’ils sont devant la salle à manger 10 à 15 minutes en avance) … En ce qui me concerne, j’ai adopté un autre stratagème : étant donné que quoi qu’il arrive nous serons tous servis en même temps, je passe dans ma chambre avant de monter et attends une dizaine de minutes que la cohue soit terminée pour pointer le bout de mon nez.

 

Quand je vois que des personnes adultes se comportent comme des collégiens qui attendent leur ration de frites au self de l’école, je me dis qu’ils y a deux explications possibles : ou ils sont persuadés que leur assiette peut à tout moment disparaître pour ne jamais revenir, ou ils sont accros aux repas de collectivité servis… 

 

M’enfin en attendant une réponse, espérons seulement qu’il n’y ait pas de panne et que le dessert vaille toutes ces peines !

 

asenseur manger

 

 

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2 commentaires sur “L’ascenseur, terre promise.

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