Prix du manque d’empathie de l’année : le piège du ticket

 

Cette semaine je suis tombée sur des inconnus altruistes et généreux, et puis j’ai trouvé celui à qui décerner le prix du manque d’empathie de l’année. Parce que l’Être humain peut être foncièrement bon, mais parfois…

 

 

 

 

Je suis allée à Lyon. Parce que j’aime bien Lyon. Et que je fais ce que je veux. Voilà. Donc, me voici dans la ville à la recherche d’une place où me garer près de la Pardieu (où il y a tout plein de magasins pour le shopping de Noël… mais en intérieur ! Pas folle la nana). Par mégarde, je me suis retrouvée face aux barrières du parking de Carrefour. Impossible de faire demi tour, j’appelle tout de suite à l’interphone de la borne où l’on récupère le ticket. Là, j’explique qu’avec la distance entre la voiture et la machine, je n’ai pas une préhension assez forte au niveau des mains pour attraper le fameux papier. La réponse ? Facile ! « Bah, si vous pouvez appuyer sur le bouton d’appel, vous pouvez attraper le ticket ! »

 

 

 

 

Non patiente de lui expliquer la différence entre « tirer » et « pousser », je ré-affirme mon incapacité et, sans se poser davantage de questions, mon interlocuteur fini par m’ouvrir, notant l’heure et me demandant de faire de nouveau appel à lui pour sortir. Pas pratique, mais si ça s’était arrêté là, sans gravité.

Deux heures plus tard, coffre plein et moi au volant, suivant ses recommandations, j’utilise de nouveau l’interphone de la borne pour signaler ma présence. Naïve, je pensais qu’il m’ouvrirait et qu’on en finirait là : j’avais oublié la case « paiement ». Le hic, c’est que souvenez-vous, j’étais finalement rentrée sans ticket. Pas de ticket, pas d’horaires, pas d’horaires, pas de montant à payer (en amont dans le magasin par exemple), pas de montant à payer… pas de montant à payer. Ce dernier, il n’y avait que le gars à qui j’avais parlé qui l’avait.

 

 

 

 

Or à la borne si je suis incapable d’attraper un ticket, je ne serai pas plus capable de récupérer ma carte bleue (étonnant n’est-ce pas ?). Il m’a donc demandé de redescendre de voiture (transfert, dépliage fauteuil, froid) pour me faire régler la note à une caisse automatique qui se trouvait à une dizaine de mètres… Avec une marche devant (que, dans la nuit et un tout petit peu agacée quand même, je n’avais pas vu avant de sortir de ma Citrouille) ! En destrier sans moteur cette fois, je retourne à « mon interphone » (avec les voitures en file d’attente pour sortir juste derrière moi) afin de lui faire remarquer l’ingéniosité de son idée (ainsi que le temps et l’énergie qu’elle m’a demandé… pour rien !)

 

Croyez-vous qu’il aurait quand même fini par quitter son bureau ou au moins demander à un employé de venir m’aider ? Que nenni, il continuait à me dire qu’il n’avait pas de solution et qu’après tout, je n’avais qu’à pas venir dans ce genre d’endroit pour me garer. (Donc quoi ? Je dors ici ?)

 

L’un des automobilistes derrière moi s’impatientant, m’a rejoint et a râlé à son tour parce que bon, lui aussi voulait s’en aller (j’étais dans le passage). Ça a du mettre la pression à notre garde barrière car il a fini par conclure que d’accord, je pouvais remonter dans ma voiture, qu’il allait m’ouvrir en m’offrant (gracieusement) le parking. Je crois qu’il s’attendait à ce que je le remercie de tant de bonté mais étrangement, ça ne m’est pas venu à l’esprit.

 

 

 

 

Bilan ? Une demi-heure pour être libérée de l’endroit. Une. Demie. Heure. 30 minutes. Et quelques larmes versées. S’il y a bien une chose qui m’angoisse depuis mon accident, c’est d’être bloquée quelque part, coincée, enfermée. Ajoutez à cela que je venais de faire quatre heures de route et deux heures de shopping, qu’il commençait à se faire tard et que l’amie chez qui j’allais m’attendait, la fatigue tant physique que morale avait pris le dessus. Cette affreuse vérité qui m’a prise à la gorge : quoique je fasse, où que je sois, rien ne t’efface je pense à toi, malgré tous les efforts dont j’ai fait, fait et ferai preuve, il y aura toujours quelqu’un capable de me rappeler que, seule en fauteuil, chaque petit détail peut virer au cauchemar face auquel je serai impuissante.

 

À cette pensée, je l’ai reconnue, cette colère que si rarement je ressens. Brute, réelle, blessée, profonde. Et je l’ai haï, cet homme sans visage, cette voix qui m’avait à ce point remise à ma place : en bas, assise, handi.

 

Alors j’ai mis la musique très fort pour ne plus m’entendre penser (cliquez sur la vidéo juste en dessous), et j’ai rejoint cette vieille amie, capable de me faire rire quoi qu’il arrive, en deux minutes, souvent moins. C’est le genre d’écorchure qui semble bénigne mais qui pourtant, ne nous quitte jamais tout à fait. Pas tout de suite du moins. Ne reste plus qu’à mettre un gros pansement coloré et à se réveiller un lendemain en l’ayant oublié.

 

 

 

 

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3 commentaires sur “Prix du manque d’empathie de l’année : le piège du ticket

  1. alors comment dire……je crois que dans ce genre de situation je pourrais devenir (très) violent. D’autant plus que ce n’est pas pour moi et ….que c’est pour toi en particulier.
    Donc c’est peut-être mieux que je / nous ne sachions pas qui il est!
    Mais bon, quand même……merde, comme dirait Coluche.
    ou alors non soyons plus constructif et tolérant: il faudrait le mettre dans un fauteuil et lui faire revivre ce que tu as vécu. Peut-être (oui …..peut-être!) qu’il comprendrait et se souviendrait de la leçon. Peut-être.
    Cela dit, il y en aurait d’autres (hommes et femmes) à mettre dans ce cas là.
    ClearVador

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