Nouvelle réalité

Je me souviens lorsqu’au lycée je me sentais paumée, comme tous le monde à cet âge…

 

J’avais l’impression que ma meilleure amie me laissait tomber, je n’arrivais pas à me projeter dans l’avenir et les petits désaccords de famille me semblaient être des montagnes insurmontables. C’est amusant de voir combien le décalage est grand. En tant que toute adolescente qui se respecte, je pensais me prendre la vie de plein fouet. Je sais maintenant que je ne savais rien alors. L’incertitude, la peur, l’abandon, l’oubli, la perte, l’espoir, n’étaient que des idées : des mots que j’utilisais pour les problèmes existentiels d’une jeune de 15 ans.

 

Est-ce qu’avec ce à quoi je suis confrontée je peux dire désormais que ces notions ont plus de sens pour moi que pour d’autres ? Non, car comme beaucoup aiment dire « il y a toujours pire ». Tout n’est que question de considération, de point de vue. Ce dont je suis sûre c’est que ma vision du monde a été bien malmenée et lorsque mes voix dans ma tête se concertent (car oui, nous sommes plusieurs), il y en a certaines que je ne reconnaît pas.

 

D’abord il y a cette assurance envers certaines personnes qui s’avère ne s’être finalement basée que sur des non-sens et il y a ces gens que vous négligiez par excès de confiance certainement, qui se révèlent pourtant être les plus présents. Pour ma part, il y a rarement eu de juste milieu : chacun de mes proches m’a surpris mais soit de façon extrêmement positive… Soit l’inverse. Dans le second cas, l’une des réactions que j’ai c’est « j’avais vraiment pas besoin de ça maintenant ». En y réfléchissant c’est idiot : on en a jamais besoin. Alors c’est comme ça, c’est difficile de devoir faire face à ce à quoi nous sommes confrontés tout en affrontant cette « nouvelle réalité » mais il faut bien y passer.

 

Ensuite il y a ces préjugés dont l’idiotie devient évidente. Je ne parle pas du handicap : il est évident que de passer de valide à non valide nous aiguille quelque peu sur la différence entre les idées reçues et la vérité. Non je parle de ces personnes que nous croisons dans la rue et sur lesquelles nous portons un jugement hâtif. Avec ma fidèle acolyte de galère F., nous l’avons remarqué en allant en ville l’autre soir : c’est davantage ceux qui attirent les préjugés qui n’hésitent pas à venir donner un coup de main ou qui se montrent attentifs plutôt que ceux semblant « biens sous tout rapport ». Ce sont souvent ces derniers qui prendront grand soin à ne pas vous voir (ou trop tard, c’est bête quand même). Le groupe de jeunes en bande ? Le gars habillé un peu racaille ? La nana arabe qui parle trop fort ? Le grand noir intimidant ? Eux ont rarement réfléchi à déterminer si me tenir la porte deux minutes allait les retarder sur leur temps shopping. Ce n’est peut-être qu’une succession de coïncidences après tout, mais le résultat est le même : pour moi, l’apparence n’a plus tellement d’importance…

 

wonka don't care

 

Quand j’y réfléchis, la chose qui m’angoissait le plus avant mon accident, c’était d’arriver en retard au travail. Comme je n’étais qu’apprentie, manquer de professionnalisme était une de mes plus grandes craintes. Aujourd’hui ce dont j’ai peur c’est de ne pas remarcher. Cela paraît si étrange : espérer à ce point une chose pour laquelle avant, je ne me posais même pas de question. Qu’est ce qu’arriver quelques minutes en retard à côté de ça ? Ça me fait penser aux priorités, aux choses que nous plaçons comme étant plus importantes que d’autres. Quand je compare l’avant au maintenant, c’est comme si j’avais changé de dimension ou que mon corps était désormais habité par une autre personne : ce qui me tient à cœur paraît si…grave, presque trop sérieux en fait…

 

Cet été j’ai fait beaucoup de tri dans mes affaires et je me suis vue jeter des choses que je n’aurais pourtant lâché pour rien au monde deux ans à peine plus tôt. Non pas que je ne sois plus attachée à tout ces objets seulement que sont-ils si ce n’est des souvenirs ? Si je n’avais pas survécu ce soir là, à quoi auraient-ils servi, eux qui n’avaient d’importance et de signification qu’à mes yeux ?

 

Il y a tant d’éléments qui diffèrent lorsque nous nous retrouvons face à la maladie, au handicap, ou tout autre situation nous écartant du chemin sûr et rassurant. Plus rien n’est regardé, écouté ou ressenti de la même façon. C’est comme si l’évolution plus ou moins positive que vous connaissez normalement en dix ans se faisait tout d’un coup en un. L’enfant qui était en vous se retrouve relégué au dernier plan et là où vous voyiiez des nuages roses sur fond étoilé apparaît le monde tel qu’il est : réaliste avec du beau certes, mais aussi avec du laid comme vous n’en soupçonniez pas…

 

Maintenant je le sais bien que tout ça aurait sûrement eu un autre arrière goût que celui que je vous décris si j’avais eu le temps de me construire avant ça. Si je n’avais alors pas eu « que » vingt ans. Le changement aurait-il été si violent ? Parce que finalement si j’avais continué à suivre mon joli chemin bien dégagé, je n’aurais pas plus pris conscience qu’il se trouvait dans un paysage avec des vallons, des zones d’ombres ou des parties arides et fanées…

 

 

 

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2 commentaires sur “Nouvelle réalité

  1. Je viens de trouver ton blog gr^çce "à ma vie, mon handicap mes emmerdes" qui parle de cet article.
    Je pense que je rpendrais le temps d'en lire plus et aussi et surtout de lire tout ce que tu n'as pas encoere écrie.

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