Préjugés et méchanceté gratuite.

 

Au fil d’une vie accompagnée par le handicap, l’on rencontrera des gens extraordinaires. Il y aura ces personnes qui vous feront le surmonter, il y aura ces inconnus qui vous parleront comme si vous n’en aviez pas. Il y aura ceux qui vous le feront même oublier. Et puis au fil d’une vie accompagnée par le handicap, l’on rencontrera des gens qui oublieront que tout être vivant à droit au respect.

 

L’autre jour, deux de mes amies et moi avons profité des premiers jours de soleil pour aller se balader en ville.

 

Préjugé numéro un : L’une était en fauteuil électrique, l’autre en manuel poussé par la troisième. Nous nous trouvions sur le bord de la route quand une voiture nous a dépassé, fenêtre ouverte et dont la conductrice nous a lancé un tonitruant « Et les trottoirs ils sont pas assez larges ?!  » avec une amabilité que je préfère ne pas relever. Passons outre l’intérêt de cette agression aussi peu réfléchie que non pacifique. Certains ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, or même pour quelqu’un qui en aurait un particulièrement grand, ça ne fait quand même pas une longue distance. Passons le cap (que dis-je le cap, la péninsule) à leur place. Le problème à s’arrêter sur un préjugé, c’est que cela revient à condamner quelque chose ou quelqu’un sans posséder tous les éléments à connaître pour porter un jugement justifié. Il est vrai qu’il y avait de larges trottoirs, seulement voilà, ils étaient cabossés et plutôt encombrés. En fauteuil électrique cela rend le passage particulièrement inconfortable. De plus, la personne qui poussait le fauteuil manuel est une jeune femme qui a eu la maladie de Guillain Barré, expliqué ici. Et même si elle s’en est très bien remise, elle a conservé des faiblesses ou des douleurs. Cela représentait donc déjà un grand effort de faire rouler la copine, si en plus elle avait dû le faire sur un terrain non lisse, nous ne serions jamais arrivées à destination ! Alors en sachant cela, doit-on s’excuser de se conserver et de prendre une petite place sur une route assez large pour ne pas bloquer la circulation ? J’espère que la réponse va de soi.

 

 

Préjugé numéro 2 : Pour le contexte, la seule de nous trois qui marche n’était à cet instant pas avec nous. S., mon amie en fauteuil électrique, vit avec une sclérose en plaque (explications ici). Cette maladie aléatoire la laisse parfois être debout, marcher et vivre comme n’importe qui mais pas toujours. Car parfois elle lui vole son énergie, sa force ou sa dextérité. À cette période là, elle pouvait se lever pour faire deux ou trois pas, néanmoins sans espérer davantage sous peine de chuter. Nous avons voulu nous acheter un petit truc à manger et nous nous sommes retrouvées face à une boulangerie (la seule ouverte) avec une marche à l’entrée. Bien que toute petite, nous ne pouvions pas la passer en fauteuil. Si j’étais bloquée dehors, S. était en revanche dans la capacité de se mettre debout et, avec prudence, de se rendre jusqu’à l’étalage de viennoiseries tant convoitées. Mais je la voyais hésiter sans en comprendre la raison. En fait, elle avait peur du jugement des gens. Souvent, les personnes qui ne connaissent que peu le handicap croient qu’être en fauteuil inclut forcément de ne plus avoir l’usage de ses jambes. Du coup, si quelqu’un la voyait se lever du sien, elle craignait d’être prise pour un imposteur, attirant de la méprise mal placée. Elle a la chance de pouvoir se tenir encore sur ses deux jambes, même si en ce moment c’est pour un court instant. Elle a beau le souhaiter, elle n’ose pourtant pas toujours le faire à cause du regard de certains. C’est comme si un garçon ne portait jamais de rose tout en appréciant cette couleur, par refus d’être considéré pour ce qu’il n’est pas et qu’une partie de la population à l’esprit fermé condamne encore.

 

Pour terminer, parlons de méchanceté gratuite. Mais peu. Car c’est un fait qui ne vaut pas la peine d’être trop considéré : il ne faudrait pas donner aux gens qui en usent l’impression que c’est important. Alors juste deux phrases entendues, la première il y a près de deux ans, la seconde hier.

 

 » De toute façon les jeunes qui se retrouvent ici (centre de rééducation) c’est parce qu’ils roulent comme des fous sur leurs scooter, c’est bien mérité, ça leur apprendra.« 

 

(Parlant de quelqu’un sain d’esprit mais non appréciée de l’auteur de cette phrase) « Celle là pour être comme elle est, elle doit avoir prit un coup au cerveau pendant son accident. »

 

Je vous laisse réagir, je ne pense pas avoir à expliquer ou à souligner ce genre de grossièreté aussi puérile qu’inutile.

 

Pour conclure simplement, disons juste que la bêtise humaine n’a décidément que peu de limites. Mais c’est heureusement aussi le cas pour l’amour et la bonté. Alors ne gardez que ces derniers en vous et si vous rencontrez de ce qui n’apporte rien de bon, ne vous taisez pas. Ne vous énervez pas non plus. Expliquez-leur. Parlez de tout ça : des handicaps invisibles, des cas multiples, des épreuves à ne pas rappeler ou exploiter pour de mauvaises raisons, des généralités qui n’ont aucun sens, du quotidien insoupçonné, du malheur qui n’est pas une définition du handicap, des fauteuils ou des maladies qui ne nous définissent pas plus… Ne vous taisez pas.

 

balançoire

 

 

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4 commentaires sur “Préjugés et méchanceté gratuite.

  1. Parlons de tout ça tu as raison et gardons notre sourire et notre rayon de soleil dans le cœur parce que des gens méchants ou juste bête il y en aura toujours mais heureusement il n'y a pas que ça!
    Bel article.

  2. Alors là mes filles (oui je peux le dire car je vous connais toutes les trois et j'ai l'âge de l'être!!!) je vous rassure tout de suite: les préjugés et autre "peur de comment l'autre va me juger" existent aussi pour les non handicapés. Et surement plus que ce que l'on pourrait penser.
    Donc moi je dis: on est tous égaux de ce coté là au moins. Et vous avez raison: ne nous intéressons qu'aux gens qui sont gentils et bons. Ils ont plus de choses à nous apprendre que les autres.
    Bisous à vous
    Clear Vador

  3. un exemple de préjugé raconté par un couple d'Amis:
    la femme se prénomme : Jasmine. Joli prénom mais autant dire que lorsqu'elle était à l'école les blagues et autres sous entendus désagréables n'ont pas manqués……
    Et pourtant issue d'un famille française de plusieurs générations au nom très français puisqu'étant justement identique à un ……prénom français (je ne le cite pas par discrétion). Comme quoi!
    Clear Vador

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