Retour au lycée : les ados et le handicap

 

Ces derniers temps, je participe à quelques actions de l’APF (Association des Paralysés de France) qui visent à sensibiliser les lycéens à la question du handicap, et ce autour de différentes problématiques. Cet été je vous avais parlé des réactions d’enfants entre 9 et 12 ans face au fauteuil. Aujourd’hui nous sautons quelques années et nous voici avec des jeunes de 15 et 16 ans, adolescents en puissance.

 

La première école dans laquelle nous sommes allés forme des élèves qui se destinent à des métiers amenés à côtoyer le handicap. En effet, l’une de leurs sections les entraîne à obtenir un bac « Sciences et technologies de la santé et du social ». Du coup, ils étaient de base plutôt intéressés et motivés pour échanger avec nous. Le thème sur lequel nous avons discuté était celui de l’estime de soi. C’est amusant car au début, ils ont de grandes questions soigneusement préparées à l’avance, de ces questions bien formulées qui font sérieux vous voyez ? Ils essayent de coller au sujet et s’efforcent de faire ressortir un côté professionnel qui dissimulerait leur âge pas si avancé que ça.

 

« Quand vous êtes à l’extérieur, quels sont vos ressentis face aux regards des autres ? »

« Est-ce que la façon dont vous regardent les gens n’influencent pas trop votre estime de vous-même ? »

 

Mais au fur et à mesure des réponses, des explications, une fois déridés et mis à l’aise, leur naturel reprend sa place et c’est comme elles leur venaient dans l’instant que les interrogations ont gagné en diversité et en caractère brut également. L’esprit de travail a peu à peu laissé place à un intérêt sincère et à une agréable curiosité, parfois maladroite.

 

« Mais est-ce que vous avez des loisirs ? »

« Et c’est quoi la cicatrice que tu as au cou ? »

« Pourquoi c’est difficile d’être dans un fauteuil dehors ? » 

 

C’est finalement plus plaisant de répondre à ce genre de choses, même si elles paraissent un peu naïves : ça montre que côté communication sur le handicap, il y a encore un long chemin à faire et surtout qu’il peut se faire. Mais ça veut dire aussi qu’ils en étaient arrivés à apprécier cet échange au point de multiplier les questions. Ils ont oubliés que ce n’était au début qu’une contrainte scolaire.

 

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La seconde école a été l’occasion d’une expérience tout à fait différente. Cette fois, leurs spécialisations d’apprentissage n’a rien à voir avec le domaine social ou médical. Nous venions en même temps que d’autres associations pour parler de bénévolat. Allez expliquer à des jeunes dont la première préoccupation est d’ordre capillaire qu’il est bon de donner du temps à quelqu’un ou quelque chose d’autre qu’eux même ? Cependant, si le mot avait l’air de les toucher autant que le malheur d’un indien de la tribu numéro trente-six du fin fond de l’Amazonie, j’ai quand même eu le droit à des phrases… bah, je vous laisse leur trouver des adjectifs.

 

« J’ai du respect pour les handicapés mais le bénévolat ça m’intéresse pas. »

« Les gens en fauteuil, ce sont des gens comme tout le monde »

« Si elle fait tomber son stylo, je lui ramasse. Ça a rien de génial, c’est normal ! » (Ils ont une camarade de classe en fauteuil)

 

Ce qu’il y a à regretter de cette session là avec ces élèves là, c’est que nous y sommes allés pour leur parler de quelque chose dont ils se sentent éloigné. En revanche, eux-même l’ont dit, ils aimeraient savoir ce que nous pensons. Les choses concrètes les attirent davantage : comment nous sommes nous retrouvés en situation de handicap, comment le vivons nous, qu’est-ce qui fait que c’est facile ou difficile. Ils auraient voulu savoir, je cite « ce qu’ils se passent dans la tête des gens qui sont handicapés ». Ce que finalement, nous avions fait dans l’autre école et qui avait porté ses fruits.

 

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Il y un fait cependant qui a été commun à ces deux journées, une interrogation à peine formulée, plutôt suggérée avec prudence. Sûrement est-ce de notre faute, moi et mon discours qui se veut positif, ma compère de l’APF et la confiance qu’elle explique avoir gagné « grâce » au handicap. La question si elle était formulée clairement serait « Est-ce que vous préférez être en fauteuil ? » justifiée par le fameux « Subir un mal pour un bien » (pour du mieux ?) Ne nous leurrons pas. Nous pouvons plus ou moins vivre notre handicap de façon optimiste. Ça ne remplacera jamais ce manque que nous subissons chaque jour, rappelé dans tous les instants de notre quotidien. En ce qui me concerne, je ne voudrais pas revenir en arrière : ce que j’ai vécu depuis mon accident a été dur, très dur, mais pas que. J’ai rencontré des gens, me suis créé des souvenir et ai appris tellement que ce serait un réel gâchis d’y renoncer. Non, je veux remarcher, j’en rêve encore au sens figuré comme au sens propre, mais je veux que ce soit en avançant, que ce soit une nouvelle étape, un nouveau combat tant pis, je suis prête à le mener.

 

En conclusion, nos adolescents face au handicap sont finalement fidèles à eux-même : un peu je-m’en-foutisme au premier abord « pour faire genre » mais capables de réflexions et d’idées adultes riches encore par moments d’une naïveté d’enfant, si précieuse… Et cet engouement si facile dès que l’on arrive à trouver ce qui l’éveille ! Ils demeurent un bel espoir pour la connaissance du handicap dans le futur et en cela ils sont passionnants. Sur ce, je n’ai qu’une chose à dire :

 

 

 

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