Retourneur de temps

Rêves, souvenirs et prix de consolation

 

C’est étrange la façon dont fonctionne l’inconscient, dans les rêves notamment. Je me félicitais, un an après mon accident, de continuer à être debout tant dans mes songes que dans mes rares cauchemars, comme si, la nuit, rien n’avait changé. Beaucoup me disaient alors que ça ne durerait pas. Trois ans plus tard (soit quatre depuis que je suis en fauteuil), je suis ravie de les faire mentir.

 

Mais à quoi est-ce dû finalement ? Qu’est-ce qui fait que notre inconscient se calque sur ce que l’on est à ce jour -personne en situation de handicap- ou non ? Je crois que c’est en partie une histoire d’abandon. Si je continue à faire des rêves dans lesquels je suis debout, c’est parce qu’il y a une part de moi qui continue à penser que le fauteuil n’est pas définitif. J’ai accepté de vivre avec un handicap, je n’ai pas accepté d’être ce handicap.

 

Et puis il y a toujours ces souvenirs auxquels je m’accroche et que je me repasse régulièrement. Je me souviens comment courir, je me souviens des sensations et des émotions que ça procure. Je me souviens du talon qui décolle et de ce bref instant où, poussée au maximum, j’ai l’impression de pouvoir m’envoler. C’est ce jour où, au lycée en cours de sport, j’avais battu non seulement mon propre temps, mais également celui de tous les autres camarades de classe, ce jour où j’aurais voulu continuer sur ma lancée et ne pas m’arrêter à la fin de la distance demandée. J’étais nulle en endurance mais la vitesse, elle, me grisait et cette fois-là, je ne le savais pas mais j’encrais en moi des images et des ressentis qui, aujourd’hui, me servent de potion magique pour éloigner ce fichu handicap de mon esprit.

 

 

dumbledore et sa pensine

 

 

L’autre jour, avant de m’endormir, je me suis passée un peu de musique, allongée dans mon lit. J’ai eu envie de danser. Si j’étais incapable de me remémorer la façon dont je le faisais « en public » (en boîte ou aux fêtes), j’arrivais à me remettre dans la peau de celle qui dansait toute seule dans sa chambre quand personne ne la regardait, comme j’arrivais à me remettre dans la peau de celle, plus jeune, qui faisais de la gymnastique rythmique (avec les cerceaux en particuliers, allez comprendre).

 

C’est déroutant de réussir à faire comme si la dernière fois que j’ai couru ou dansé était hier, et puis à côté de ça, échouer à retrouver le schéma de la marche, même en y ajoutant un peu d’imagination.

 

Je ne sais plus ce que c’est de marcher, j’ai oublié. Cette réalité est effrayante. Disons que j’ai l’image globale de la marche, mais j’en ai perdu les détails, ces fameuses sensations qui me sont encore si fortes lorsqu’il s’agit de penser à la course. J’ai une vraie peur de la perdre un jour, cette image globale, parce qu’elle est tout ce qu’il me reste. Je suis persuadée qu’elle est ce qui permet encore à mes rêves de me montrer telle que je veux me voir : valide.

 

Pendant ma rééducation et même un peu après, je rêvais très souvent au miracle, à l’événement du « tout d’un coup je me lève de mon fauteuil et je remarche. » Aujourd’hui ça n’est plus le cas. Aujourd’hui c’est plutôt comme si j’avais deux vies : une le jour dans laquelle je suis handi, et une la nuit dans laquelle je suis debout (et je sauve le monde). Ça me va. Je continue d’espérer que l’une prendra le pas sur l’autre bien sûr (je ne préciserai pas laquelle, vous l’aurez devinée) mais en attendant, c’est un équilibre qui me convient (qui me console ? qui compense ?). Et puis…

 

 

 

 

Si vous aimez, n'hésitez pas : partagez !
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Email this to someonePrint this page

3 commentaires sur “Rêves, souvenirs et prix de consolation

  1. On en avait parlé, tu te souviens? J’ai pensé à toi à ce sujet il n’y a pas longtemps! Je continue à me rêver debout mais des fois, je sais que je suis handicapée. Disons que maintenant ce n’est pas claire. En fait quand je rêve de moi, je crois que je pourrais m’apparaitre en Hulk que ça ne changerais pas ce que je suis. je rêve de mon essence en fait (ah ah, c’est tes images de harry potter, qui m’ont influencé sur les choix de mes mots, je croix!).

    1. Oui c’est vrai, on en avait parlé… pas évident hein… Il m’arrive dans mes rêves d’agir comme si j’étais handi mais sans l’être… bizarre !

  2. ça me rend un peu triste….mais bon pas le choix!
    Sinon, et évidemment en rapport avec un fauteuil: j’ai recommencè à visionner « Avatar » mais cette fois …..en anglais.
    la voix américaine du méchant soldat n’est pas du tout en accord avec le personnage!

Vos réactions...