Si je reste, mourir ou se battre

« Si je reste », un film qui donne le choix : mourir ou se battre ?

 

La semaine dernière j’ai regardé un film. Vous allez me dire, « ce sont des choses qui arrivent ». Mais celui-là, sous ses airs de comédie romantique pour ados toute mignonne, aborde pourtant un sujet qui m’a longtemps été sensible : et si, plongés dans le coma suite à un accident, nous avions le choix ? Partir ou rester ? S’endormir ou se réveiller ? Mourir ou vivre ? Laisser faire ou se battre ?

 

À première vue, si l’on se forge une opinion de « Si je reste » (inspiré du livre de Gayle Forman) quelques minutes à peine après l’avoir commencé, c’est un film qui semble inoffensif, de ceux que l’on regarde lorsqu’on ne veut pas réfléchir, de deux ados qui tombent amoureux l’un de l’autre. Une violoncelliste sage et timide, un rockeur charismatique et vénéré, le scénario bateau qu’on aime regarder pour un peu de légèreté à la fin d’une journée de boulot.

 

Et puis l’élément déclencheur. Le drame. Le retournement de situation. La voiture dans laquelle notre jolie protagoniste se trouve avec parents et petit frère fait une embardée pour éviter un véhicule en face, glisse dans la neige, se retourne et, passons les détails, fini dans un triste état quand elle s’immobilise enfin.

 

Pompiers, ambulance, affolements, hôpital. Et durant tout ce temps, notre héroïne ? Vois tout, entend tout, mais à côté de son corps inconscient, comme si son esprit s’en était détaché. Et voilà. Elle est dans le coma, et elle a le choix : est-ce qu’elle se bat et reste ? Ou est-ce qu’elle suit la lumière blanche ?

 

 

 

 

Bien sûr cette question, le spectateur se la pose aussi. Comme elle, se forment dans notre tête ces deux colonnes fatidiques : celle des « plus » et celle des « moins ». Plus le film avance et plus les colonnes se remplissent. Mais je ne compte pas vous spoiler, vous regarderez. Non, moi je vais profiter de ce scénario pour vous parler psychologie.

 

Parce que qu’en tant qu’handi c’est une réflexion que j’ai eu bien souvent, et je sais que je suis loin d’être la seule. Et si j’avais eu le choix ? 

 

En restant dans l’idée de « Si je reste », j’aurais su dans quel état j’étais, j’aurais su pour le fauteuil et ce que ça impliquait. Mais j’aurais vu mes proches présents, aimants, priant même pour certains. J’ai tendance à penser que j’aurais été égoïste et que je n’aurais jamais accepté de vivre assise. Pas sans le recul que j’ai aujourd’hui. Pas si j’avais entendu, de façon pleinement consciente, le diagnostic qu’était le mien lorsque j’étais dans le coma. « Si je reste ? Mais je vais faire quoi si je reste ? Peut-on appeler ça être vivant si on ne peut même plus courir pour se défouler, si on ne peut même plus sauter de joie ou si on ne peut plus danser pour s’amuser ? Ne plus sortir, ne plus escalader, randonner, faire du vélo, nager… Est-ce que l’amour sera suffisant ?»

 

Maintenant amenons notre imagination un peu plus loin. Repensons à tous ces films, ces livres, ces dessins animés ou ces BD et modifions un peu la donne. Notre corps toujours dans le coma, voici notre esprit dans une pièce monochrome, sans murs ni coins, avec face à nous un bureau. Et le choix.

 

 

morgan freeman en Dieu
Par exemple oui. Gif extrait du film « Bruce tout puissant »

 

 

D’un côté la vie après la mort : une réincarnation en lama, un nouveau job d’ange gardien, une vie parallèle dans un monde à l’envers ou un recommencement de l’ancienne autrement. De l’autre, le réveil et ce qui s’en suit : petit résumé de ce que sera notre existence après l’accident, dont on ne se souviendra évidemment pas si c’est cela qu’on choisi (bien sûr, ce ne serait pas drôle sinon, et si je vous disais que c’est vraiment arrivé, vous me prendriez pour une illuminée en plus, limitons les risques.)

 

Et si ça se passait comme ça ? Ça voudrait dire que mon choix s’est fait malgré le fauteuil. Et si c’est encore une réponse qui me choque, cela voudrait dire que ce qui a fait pencher la balance, qui a permis que j’accepte de vivre tout ça, n’est pas encore arrivé. Si j’ai décidé de continuer en sachant délibérément tout ce que ça impliquerait handicapement parlant (ce mot n’existe pas mais je trouve que ça sonne bien), c’est qu’il va m’arriver un truc fou non ? Je vais devenir reine de Norvège ? Grande star de cinéma ? Inventeur de la machine à voyager dans le temps ? Créatrice d’une maison sous-marine en forme d’ananas ? Voix de la prochaine princesse Disney ? Exploratrice d’un nouveau monde ?

 

BREF. Vu comme j’en ai bavé, l’a intérêt à être monumentale, cette raison !

 

En fait, plus sérieusement, il y a eu une réelle évolution lorsque je me refais toutes les phases par lesquelles je suis passée face à cette question. Longtemps ma réponse a été sans appel. Je n’aurais jamais choisi le fauteuil Albert. Jamais. Quand on me demandait quel était mon vœu le plus cher, c’était de revenir en arrière pour ne pas avoir eu ce (foutu) accident.

 

Aujourd’hui, mon vœu le plus cher est de remarcher. La nuance bien que faible est capitale. Je veux avoir vécu tout ça. Ça fait partie de moi, de ce que je suis. Ça m’a fait grandir comme rien d’autre n’aurait pu le faire ainsi. Et j’ai vécu des choses extraordinaires même en étant handi, j’en vis toujours d’ailleurs. Le blog, les voyages, ces rencontres, ces histoires, mon chez moi, mon chat…

 

Je n’aurais pas connu tout ça, j’aurais connu d’autres choses qui m’auraient tout autant rendue heureuse. Mais les « Et si » ne servent à rien car quelques soient nos inventions, nos rêves, nos idées, jamais on ne saura, comme jamais on n’aura le choix avec tous les tenants et les aboutissants pour nous aider à se décider. Et en même temps c’est aussi pour ça que la vie vaut à ce point la peine d’être vécue non ? L’imprévu.

 

 

Si je reste
Affiche horizontale du film « Si je reste »

 

 

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2 commentaires sur “« Si je reste », un film qui donne le choix : mourir ou se battre ?

  1. tu m’avais fait regarder ce film…….superbe. Mais pas facile.
    Tu as certainement évolué plus vite que prévu à la suite de cette accident et …même dans ta reéducation.
    on ne pourra jamais revenir en arrière sinon ce serait déjà fait pour te l’éviter.
    Alors oui maintenant il faut revenir à ce que je t’ai toujours dit et en quoi je continu à croire: <>.
    Continues comme ça. Je suis sûr que cela viendra. et tu en sortiras encore grandis

    1. Oui, il y a longtemps eu, il y a encore parfois un décalage avec les autres de mon âge : du retard pour certaines choses mais de l’avance sur d’autres… avance qui n’est pas enviable ! J’ai parfois l’impression de manquer de naïveté d’enfant, ça me manque par moments…

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