tatouage supernatural

Tatouage et spasticité : parce qu’autrement ça aurait été trop facile !

 

Je suis tatouée. Et ce tatouage a une histoire.

 

Lorsque j’étais au lycée, l’amie avec laquelle je passais le plus de temps me parlait souvent tatouage. Qu’elle avait ou qu’elle voulait. C’est un sujet pour lequel je n’avais pas de réticence particulière mais pour autant ça n’était pas quelque chose qui me faisait envie.

 

En 2015, trois ans après mon accident, quelques mois après la fin de ma rééducation et mon retour au monde, j’ai passé une période difficile de remise en question tant personnelle que professionnelle. Maintenant que le gros du combat était passé, qu’allais-je décider de devenir ?

 

Et c’est là que cette envie jusqu’alors inexistante fit son apparition. Et je parle d’envie… En réalité non, j’ai eu besoin. Mais besoin de quoi ? Au-delà des cicatrices de mon accident, j’ai ressenti comme une nécessité de représenter ce chemin parcouru, mes propres croisades, et de l’ancrer en moi au sens propre du terme. Pas par peur d’oublier non, mais parce que ça faisait partie de mon histoire et que j’avais besoin de le figurer. Comme les initiales de deux amoureux gravés sur l’écorce d’un arbre ou comme les photos que l’on fait encadrer et accrocher là où on peut les voir.

 

 

tatouage pocahontas
Gif tiré du dessin animé Disney Pocahontas

 

 

Mois d’octobre – la décision était prise. Et j’en ai passé des heures à écumer les sites, pages facebook et comptes Pinterest pour trouver LE tatoueur qui serait capable d’honorer la tâche que j’allais lui demander comme je l’imaginais. Je n’étais pas du genre à aller chez le premier venu, sur un coup de tête, pour me retrouver avec un truc ridicule que je chercherai à recouvrir quelques années plus tard. Perfectionniste avec un projet réfléchi, je comptais à ce qu’il n’y ait qu’un essai. J’ai eu l’impression d’être une future mariée à la recherche de la robe de ses rêves.

 

Mois de novembre – choix défini. Prise de contact, dialogue, rendez-vous.

 

Mois de décembre – le grand saut (quoique sans appréhension : quand on sait ce qu’on veut…). Personne dans mon entourage n’était au courant, pas même mes amis les plus proches. Depuis le début, que c’en soit la raison ou l’exécution, cette démarche là je ne la faisais que pour moi et avec des raisons qui m’étaient propres, que je considérais, égoïstement, ne regarder personne. C’était mon planté de bâton en haut de mon Everest, ma finale, mon point sur le i.

 

Comme je n’avais pas encore ma voiture Citrouille à ce moment-là, je fis le trajet par blablacar (deux heures de route).

 

Avec mon tatoueur, je crois que le courant est tout de suite passé et nous avons passé la matinée à réfléchir, croquer et dessiner ce qui figurerait bientôt le long de ma colonne vertébrale. J’avais opté pour une frise chronologique allant du milieu du dos jusqu’en bas de ma nuque construite avec des formes géométriques, chacune représentant un élément, une étape ou un événement bien particulier de ces deux ans de reconstruction que je venais d’achever. J’étais sûre, en prenant des formes universelles, que jamais elles ne souffriraient d’un quelconque effet de mode. Autre particularité : je la voulais d’une encre marron, je n’aime pas la couleur que la noire prend quand elle vieilli. Le marron apporte un côté henné plus… naturel presque ! Bref, considérations personnelles mises sur papier, nous étions prêts.

 

 

power rangers
Gif extrait de la série Power Rangers : Force Rouge et Force Verte (ready !)

 

 

Après le déjeuner, l’aiguille m’attendait. Ma décision de faire ce tatouage à l’un des endroits les plus sensibles (la peau y est très fine) n’était pas par amour de la douleur mais parce que je ne voulais pas prendre le risque de le faire sur une partie que je savais spastique (et très réactive) à savoir mes jambes. Exit également les endroits où l’on peut prendre du gras ou bien se flétrir avec l’âge, si on pouvait éviter les distorsions disgracieuses avec les temps, ce serait tout aussi bien.

 

Ma détermination annihilait ma peur lointaine de souffrir, c’est donc l’esprit quasi paisible que j’ai laissé le travail commencer, assise sur mon fauteuil et le haut du corps reposant sur une table en face de laquelle je m’étais installée, tout simplement.

 

Les dix ou quinze premières minutes ont été… les suivantes beaucoup moins. Malgré moi et si ma tête ne trouvait finalement pas l’expérience si terrible que ça, dans mon corps c’était une autre ambiance ! Mes jambes bougeaient, réagissant au matériel dessinant le tatouage et plus ça allait, plus non seulement ça s’aggravait, mais en plus ça s’étendait ! Bientôt ce furent mes épaules qui se mirent à tressauter et… il fallut abandonner…

 

 

abandonner tatouage
Gif extrait de Moi, moche et méchant

 

 

… Pour cette fois du moins ! Allons, m’avez-vous déjà vu abandonner aussi facilement ? Que nenni, je n’avais point dit mon dernier mot (crénomdediou) ! Je ne mis pas longtemps à admettre que, pour une fois, j’allais devoir accepter une aide… médicamenteuse !
Rendez-vous pris pour la suite (il manquait bien les deux tiers de la frise), j’avais un mois pour mettre sur place une stratégie infaillible, digne d’un Napoléon à Austerlitz ou d’un Dumbledore suicidaire (enfin peut-être pas jusque là quand même).

 

Mois de janvier – cachets contre la spasticité et gouttes magiques pour détendre les muscles (radicales chez moi), j’étais armée. Mais il est clair que, dans ce cas-là, il était hors de question que de nouveau, j’y aille seule : je savais que je serai dans un état vaseux pouvant compliquer mes transferts en voiture, mieux valait être avec quelqu’un qui connaissait la bête.

 

Option « Appel à un(e) ami(e) »

 

Et nous voilà parties.

 

Si les médicaments ont fait effet ? Je me suis endormie pendant le tatouage.
Si mes jambes se sont calmées ? Oui, mais pas tout à fait.
Si mon tatoueur a un mérite de folie à avoir « dessiné » quelque chose d’aussi précis alors que son « support » ne tenait pas en place ? Complètement !

 

Et après ? Après nous sommes rentrée. J’ai pleuré dans la voiture, d’avoir planté mon fameux bâton au sommet de mon Everest. En silence, pour que mon amie ne le sache pas (pardon lorsque tu liras ça !)

 

Les jours qui ont suivi, il a fallu que je me remette de la fatigue (parce que se faire faire un tatouage, c’est fatiguant : votre corps lutte), des médicaments, de mes émotions. Pour le nettoyer je m’étais confectionné un gant à manche avec une longue cuillère de service en cuisine et un bas en nylon (Mac Gyver n’a qu’à bien se tenir).

 

Aujourd’hui je n’en suis pas lassée, il n’est pas parfait (cause spasticité) ça tombe bien mon corps non plus (colonne vertébrale pas franchement droite). Je n’y pense pas toujours, je l’oublie parfois, mais comme la partie de ma vie qu’il représente, il est là et il sera toujours là, encré en moi.

 

 

Tatouage et spasticité
Photo 1parenthèse2vies, ne pas repoduire

 

 

Parce qu’il a été/est formidable, je vous invite à aller jeter un œil au travail du talentueux Otch Inkha qui officie au Cri du Kassis à Clermont-Ferrand.
Et si le sujet handicap/tatouage vous intéresse, cliquez juste ICI pour aller lire celui de mon amie blogueuse Douce Barbare (SEP).

 

 

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12 commentaires sur “Tatouage et spasticité : parce qu’autrement ça aurait été trop facile !

    1. Ah super ! Oui je m’en souviens maintenant, je vais le rajouter ainsi, ça fera un autre point de vue à lire pour ceux que ça intéresse 😉

  1. pas notre « truc » mais il faut reconnaitre qu’il est beau et au moins original. Parce que les « coeur »; « Maman », « rose »et autre prénom du copain(e) qu’il faudra changer tous les ans…..bof!!!!! Cela dit, chacun ses gouts donc je ne critique pas.

    1. Ahah oui, je trouve un peu idiot les tatouages qui représentent des choses/personnes qui peuvent être éphémères… Et je ne comprends pas non plus les tatouages faits « sur un coup de tête » : ce n’est pas comme si ça pouvait s’effacer sous la douche !

  2. C’est le tatouage le plus beau du monde !
    Je ne m’étais jamais posé la question du tatouage et handicap et je suis heureuse de savoir que tu as finalement pu le faire – j’ai passé toute la lecture de l’article blottie dans mon lit comme un chaton en mode « Et la fiiiiin ? »

    Je comprends la symbolique forte du tatouage. C’est quelque chose de puissant, qui se prépare. Ici, ça ne m’attirait pas beaucoup jusqu’à quelques mois. J’ai découvert la cérémonie Kambo à partir du venin d’une grenouille d’Amazonie qui laisse des petites marques sur la peau. Je me dis que c’est le genre de choses que je me vois bien faire en voyage en Amérique Latine ou un équivalent, après être resté plusieurs mois dans la jungle en projet de reforestation – et vérifier qu’on ne lui fasse pas de mal, à cette grenouille, bon sang-.

    1. Ahah, bizarrement, je n’ai jamais douté que je n’arriverai pas à la fin (vous avez dit « bornée » ?) Ou alors je ne m’en souviens pas (fort probable si ça a été le cas)
      Intriguée, je suis allée voir ce qu’était la cérémonie Kambo. J’avoue être hésitante, si cela détoxifie le corps, le geste en lui même reste assez violent, et si réellement c’est une pratique qui se fait de plus en plus, alors pas sûre que la grenouille s’en sorte vraiment sans heurts… Mais j’avais déjà vu quelque part que beaucoup de poisons ont des propriétés bénéfiques avant d’atteindre une quantité qui les rend dangereux ou du moins gênants ^^

  3. Très beau tatouage !
    C’est une très bonne idée que tu abordes ce sujet. Ça répondra sans doute à des interrogations. J’avoue qu’ayant beaucoup plus de spasticité qu’avant je redoute un peu de devoir retourner chez le tatoueur pour rafraîchir un peu mon tatouage…

    1. Merci Aurélie, c’est vrai que beaucoup m’avaient posé la question : il était temps que j’en parle ! Quant à la spasticité, mieux vaut trouver un (très) bon tatoueur qui saura gérer (aussi) 😉

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