Typologie de ces inconnus croisés dans la rue

 

Aujourd’hui je voulais vous parler de courage, de combats, d’abandon, de défis et d’objectifs. Et puis je suis sortie faire un tour en ville. Comme d’habitude j’ai vu des gens qui m’ont fait rire ou désespérer et je me suis rendue compte que je ne vous en avais jamais parlé. J’avais certes évoqué le sujet en revenant de New York (dans cet article là) mais c’est tout. Du coup changement de sujet, le reste attendra. Typologie de ces inconnus croisés dans la rue.

 

Quand on est en fauteuil en France, on ne passe quoi qu’il arrive pas inaperçu, c’est comme ça, on ne fait pas encore partie d’un paysage normal. Soit trop sensibilisé car concerné, soit pas assez car ce n’est pas dans nos mœurs d’en parler, la plupart des gens adoptent face à nous un comportement qui n’a rien de naturel. En voici quelques uns que je remarque souvent.

 

  • Les mamies. Je dis « les » parce qu’il y en a deux sortes avec lesquelles j’ai un peu de mal mais elles ne sont heureusement pas une généralité. Il y a celles compatissantes, qui me considèrent avec pitié et condescendance « parce qu’en plus elle est jeune la pauvre fille » (je ne reviendrai même pas sur cette expression que l’on m’a réellement sortie il y a quelques jours et qui m’a fait saigner des oreilles. Au moins) Ah bien oui, être en fauteuil quand vous avez quarante, soixante ou quatre-vingt ans c’est plus acceptable après tout…
    Et il y a celles qui, à l’inverse, me lancent ce regard sentencieux dont j’ai déjà entendu la raison de vive voix un jour à la fenêtre de ma chambre de rééducation : « De toute façon les jeunes qui finissent dans cette situation ils l’ont cherché, s’ils ne roulaient pas n’importe comment avec leurs scooters ça n’arriverait pas ! »

 

 

L'ignorance est décidément le plus grand mal de l'humanité. À mon sens.
L’ignorance est décidément le plus grand mal de l’humanité. À mon sens.

 

 

  • Le gars qui pense que s’il ne me regarde pas je vais disparaître. Il y a des tours de magie qui ne fonctionnent vraiment pas et celui-là est manifestement voué à l’échec. Cela dit cette réaction ne me dérange pas, moi-même lorsque je ne sais pas quoi faire face à une personne j’ai tendance à l’éviter et ce sans même m’en rendre compte. Ce n’est pas facile de se retrouver face à une situation que l’on ne maîtrise pas, on en oublie d’être juste… normal en fait. Le seul moment où ça va devenir embêtant c’est lorsqu’il va tellement faire « comme si », qu’il va me passer devant. Là c’est agaçant. Quand même.
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  • La maman bienveillante. Bon je ne parle pas de celle qui écarte ses enfants de mon passage comme si je faisais deux mètres de largeur ou que tout d’un coup, j’allais perdre le contrôle de mon fauteuil. Non je parle de ces femmes (car je n’ai vu ça que chez elles jusqu’à aujourd’hui) qui ont un regard plein de tendresse à mon égard. Parce que je pourrais être leur fille, leur amie, leur cousine ou leur sœur, parce qu’elles savent qu’être en fauteuil est le résultat d’un drame et parce que malgré ça, elles voient et entendent une nana qui souri et/ou qui chante (parce que oui je fredonne beaucoup : ça rassure les gens et j’aime le faire). C’est une empathie douce et discrète.
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  • Le monsieur qui ne sait pas choisir entre passer à ma gauche ou à ma droite. Alors ça… ça c’est un peu l’histoire du héros de film qui court pour ne pas se faire écraser par le train et personne ne comprend pourquoi il ne se jette pas juste sur un côté et hop, réglé. Non, il y a des gens qui lorsqu’ils me voient buggent. Vraiment. Et qui à force d’hésiter restent au milieu. Je fais si peur ? Surtout que ça laisse place très souvent à ce moment gênant du « oups ! », « holà! » ou autre onomatopées dont le but échappe à chacun.

 

Parfois quand même il y a des personnes « normales » à qui je ne fais ni chaud ni froid, si je passe tant mieux, sinon elles se poussent comme elles le feraient avec une poussette, un vélo ou autre sans même me jeter un regard parce qu’en fait, je fais partie du décor à l’instar de n’importe qui d’autre. Ce qui est le cas. Je suis n’importe qui. Et ça me va.

 

 

handi comme tout le monde

 

 

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4 commentaires sur “Typologie de ces inconnus croisés dans la rue

  1. hormis les chinois qui vont te passer devant quitte à te bousculer (culturel ?) et …. sans transition certaines mamans avec leur enfant souvent surpris, curieux de me voir, les gens sont plutôt bienveillants. Oui, il y a bien les mamies bigotes qui sont dans la pitié… Le pire n’est-il pas l’indifférence ?!

    1. Oui côté asiatiques j’en avais parlé dans un des articles sur New York et je pense en effet que c’est culturel. Je ne crois pas que l’indifférence soit le pire. Sachant que je parle ici d’inconnus, ma foi si je leur suis indifférente c’est pas grave, c’est que je me fonds pas si mal dans la masse 😉 Tout dépend après jusqu’où va cette indifférence, c’est sûr.

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