Être figurant dans la série Vestiaires : caméras et handis normaux.

 

Le 1er juin dernier, alors que je promenais mon regard vide sur un fil d’actualité Facebook bien trop rempli, mon attention fut happée par une annonce postée par Vestiaires, une série télévisée de France 2 mettant en scène le handicap avec humour. Il se trouve qu’ils cherchaient des figurants… handi évidemment ! Je regarde la date : miracle, rien de prévu. J’envoie donc un mail de candidature, un peu taré comme je sais l’être. Et visiblement ça a fonctionné : une demi-heure plus tard je reçois une réponse positive : une nouvelle aventure s’annonçait ! Alors certes, servir à occuper l’arrière plan ne nous propulsera pas aux Césars mais qu’importe, c’est le côté technique qui est intéressant : comment ça se passe, un tournage de série (avec des éclopés) ?

 

 

 

 

 

 

1er jour, 7h15 – J’arrive et déjà, la piscine municipale dans laquelle se déroule le tournage ne ressemble plus vraiment à ce qu’elle est de base. Des câbles se promènent un peu partout sur le sol, les salles de réunions se sont métamorphosées en régies, les vestiaires en loges et des camionnettes de matériel stationnent devant l’entrée. Salutations entre figurants et enfilage de perles maillots de bain, rendez-vous sur « le plateau » (comprendre, « au bord de la piscine intérieure »…en fait…) à 8h15 pour commencer à travailler le premier épisode prévu de la journée. Pas le temps de rencontrer, discuter, s’intéresser : lire le scénario de la scène et suivre les directives de la personne qui s’occupe de la figuration (entre autres) « Toi Daphnée, tu seras avec C, vous allez de ce point A à ce point B pendant que tel personnage dit telle réplique » Ok. Facile. Enfin… « facile »… sauf quand il faut faire des reprises, prévenir des raccords et recommencer la scène pour l’avoir sous tous les angles possibles (entre autres aussi). Alors on part, on revient, on passe, on repasse, on se retient quand l’envie d’aller aux toilettes nous prend et on s’applique même si l’on sait qu’on nous verra à peine. Cette scène là se fait sans peine, fin de matinée, on entame la deuxième.

 

Après une (courte) pause WC pour les uns, café pour les autres (les deux pour les plus rapides), nouvelles directives. Restons concentrés, on n’est pas là pour être ici. Je fais la nana qui va chercher son matériel de nage pendant que d’autres figurants sont chargés de faire des longueurs (sans faire de bruits pour éviter de gêner l’ingénieur sons : pas évident) Comme précédemment, on refait chaque mouvement une bonne quinzaine de fois (ça fait les bras) et l’on fini par connaître par cœur le dialogue entre les acteurs principaux, le tout étant de se retenir de ne pas les murmurer en même temps.

 

13h, on fini par s’arrêter pour manger (quand même), pas longtemps, 60 minutes, rhabillages/déshabillages compris. Et là, alors que tous sont installés à table, je prends enfin le temps de regarder : tous ces gens qui bossent ensemble, les uns handi, les autres valides, et ça semble parfaitement logique. Pas de gênes, pas d’hésitations. La diversité est valable jusqu’aux handicaps même : atrophies, paralysies, invisibles… conséquences d’accidents, de naissances, de maladies… Et personne n’est choqué. Chacun discute avec son voisin, parfois de nos histoires de non-valides oui, mais pas que. Parfois du tournage, parfois des régions de provenance, parfois de cinéma, de temps et d’autres. Parce qu’il n’y a plus de différences de faites, il ne semble plus y avoir de handicap ou de normalité. Si ça fait du bien ?

 

 

VESTIAIRES

 

 

L’après-midi n’est tourné qu’un seul épisode. Les quelques secondes du début, je suis assise sur le bord de la piscine, les jambes dans l’eau. Mais en unité « temps de tournage » (1h pour 1mn en moyenne), c’est près de trois quarts d’heures que j’y reste ! Mieux vaut ne pas être sujet aux escarres : j’étais bien contente de finalement retrouver mon fidèle Albert, dix fois plus confortable, autant lui reconnaître au moins ça.

 

Pour la suite de la scène, pas besoin de figuration , les acteurs principaux sont rejoints par des invités qui prennent déjà bien assez de place à l’écran : pas besoin de plantes vertes à l’arrière !
Les inconnus dont je fais partie sont donc relégués au rang de spectateurs, l’occasion d’observer toute la mécanique du tournage. Une prise d’entraînement, une prise de base, plusieurs prises de jeu, plusieurs prises sons, plusieurs prises d’angles de caméra : c’est bien cinquante fois que nous voyions Florent Manaudou prendre Clémentine Célarié dans ses bras, sous les yeux choqués d’Anaïs Fabre (Caro, l’un des personnages principaux de Vestiaires). Alors non, je ne l’ai pas vu nager, mais il n’a pu échapper à personne qu’il avait en effet de la force… et de l’endurance !
Fin de la journée, les figurants s’éclipsent : nous laissons la place aux journalistes fiévreux d’interroger les deux célébrités du jour. Je suis un peu frustrée en partant, en plus d’être extrêmement fatiguée (rester concentrée toute la journée, pour un handi, n’est pas toujours facile). Tout le monde était tellement dans le rush que nous n’avons même pas eu le temps de discuter un peu avec les uns et les autres, moi qui ai pourtant tellement de questions (et de curiosité). Ni avec les acteurs, ni avec tous ceux de la technique (tellement plus nombreux que je ne l’aurais soupçonné).

 

 

 

 

2ème jour, 7h15 – Je suis en avance, arrivée avant l’équipe, j’entrevois la piscine dans son « état habituel » mais très vite, elle se fait de nouveau envahir par la montagne d’éléments propres à l’activité qui va s’y dérouler. Passage de câbles, slalom entre les caméras, le plateau me semble plus calme que le premier jour. À moins que ce ne soit la fatigue de chacun qui se relâche : aujourd’hui est leur tout dernier jour de tournage, après un mois et demi non-stop de travail. En ce qui me concerne, je vais encore passer la journée en maillot de bain sans même qu’il soit mouillé : il y a d’autres figurants plus « pratiques » à mettre à l’eau que moi qui aurais besoin d’un coup de main. Nous passons la matinée sur un seul et même épisode, dans lequel, une fois encore, il n’y a besoin d’aucun figurant. Et c’est long, très long. Et j’avoue qu’en plus, je trouve celui-là moins drôle que les autres, car moins crédible. Avec un autre handi, nous discutons de ça, et c’est amusant de voir les différences d’opinions en fonction du handicap justement. Quand la blague « pas de bras pas de chocolat » me fait, moi, beaucoup rire, l’une des figurantes avec une malformation aux membres supérieurs ne la cautionne absolument pas. Si les sketchs du premier jour m’ont amusé et celui de ce matin-là non, pour d’autres ça a été le contraire, ou avec encore d’autres nuances.

 

Le midi, était-ce moi ou était-ce les effets des vacances de certains approchant, j’ai trouvé tout le monde plus ouvert et j’ai pu discuter avec un responsable images, un responsable casting, un ingé son… Leurs parcours, anecdotes, expériences : c’est ça que je trouvais passionnant et étonnant, tout ce qu’il y a derrière ce que l’on voit à la télé. L’après-midi les figurants avons repris du service. La fin de la journée a été plus enjouée, et nous avons eu le temps de nous amuser un peu, d’échanger pas mal, avant de finalement se séparer.

 

Alors voilà, en seulement deux jours, j’ai appris énormément, ris au moins autant, découvert des personnalités étonnantes (et détonantes !) et en étant là pour une série sur le handicap, j’ai en fait oublié le mien… sans pour autant oublier le blog !

 

 

 

 

Merci donc à Anaïs, Fabrice, Alexandre et Adda : des handi optimistes au top, d’une bonne humeur et d’une joie de vivre qui fait un bien fou ! Et merci à tous ceux que l’on ne voit pas, dans les coulisses ou derrière les machines, grâce à qui le handicap devient un peu moins tabou chaque jour.

 

 

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commentaires

4 commentaires sur “Être figurant dans la série Vestiaires : caméras et handis normaux.

  1. ben moi je ne suis pas handi (encore que par moment je me pose des questions!…..) mais j’aurais été interessé de voir ça. Voilà.

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