Titanic sexe handicap

Sexe et fauteuil, tabou du handicap.

 

Il y a un sujet que j’ai toujours eu des hésitations à aborder, alors qu’il fait partie de ceux que nous devons clairement sortir des tabous. À savoir le rapport entre sexe et handicap. Pour ça, je vais comme souvent utiliser mon super zoom, en partant de mon cas pour petit à petit en venir à la généralité. Tu es prêt mon Optimiste ? Alors on y va.

 

 

Sexe et éducation
Gif extrait de la série Sex Education

 

 

Éducation sexuelle et non-dits

 

J’ai longtemps été particulièrement pudique pour parler de sexe. Ce sont des conversations qui n’ont pas existé lorsque j’ai grandi, ni dans le cercle familial, ni même dans le cadre scolaire. J’ai exploré cette dimension de l’Être humain pas à pas, un peu timidement, plus par curiosité que par besoin physique. Je me suis vite aperçue que je n’étais en demande que lorsque quelqu’un partageait mon lit et/ou ma vie. En dehors de cela, je ne ressentais pas de manque, comme si l’absence d’une personne avec qui concrétiser mes envies les annihilait.   

 

Ainsi donc lorsque j’ai eu mon accident à un moment de ma vie où j’étais célibataire, et que j’ai passé deux ans à me reconstruire physiquement, ne pas avoir de vie sexuelle était pour moi le cadet de mes soucis. L’éventualité que ça ne fonctionne plus ou que je ne ressente plus rien là, m’avait certes effleuré l’esprit mais guère plus.

 

 

Nouveau corps, nouveau codes

 

Je m’y suis davantage intéressée lorsqu’à la fin de cette période, je me suis mise en couple. Forcément. Je n’ai pas souvenir que nous ayons eu une discussion réelle à ce propos, parler de certains sujets personnels avec les personnes concernées n’est pas mon fort. Nous avons laissé faire les choses, sans plan de bataille, sans de « et si ? », en bref : sans se poser de questions. Avec le recul, je pense que nous – que j’ai – eu de la chance que ça se passe bien. S’il s’était avéré que mon corps était défectueux (aussi) à ce niveau-là, il aurait été sûrement plus judicieux d’y être préparés plutôt que de se retrouver au dépourvu au moment de l’acte.

 

 

Sex and te city (sexe et handicap)
Gif extrait de la série Sex and the City.

 

 

Nous n’avions pas envisagé le pire et le pire n’est pas arrivé. Je m’en étais douté par bien des indices mais désormais j’étais fixée : fonctionnement ok, ressentis ok. Pour le reste, je suis tétra incomplète ne l’oublions pas. Avec raison et logique, adieu les lieux insolites et l’exploration du kamasutra dans son intégralité. Les possibilités sont restreintes certes, mais restent assez nombreuses pour avoir une vie sexuelle épanouie.

 

 

Sexe et féminité, inquiétudes psychologiques.

 

Finalement ce qui m’a le plus inquiétée ça a été la gestion de ma spasticité (qui n’est en fait pas tant un problème que ça) et la possible frustration de mon partenaire lorsque j’étais en couple. Concernant le genre « aventure sans lendemain », ma préoccupation résidait plutôt dans l’estime de moi en tant que femme. En tant que séductrice, aussi.

 

Parce que nous n’allons pas nous le cacher, le sexe est un acte (parmi d’autres) qui nous fait nous sentir femme. Femme vivante et femme désirée. En ce qui me concerne j’ai un temps souffert de la comparaison entre ce que j’avais vécu valide et ce que je vivais handi.

 

 

Jean Seberg Gif miroir
Gif de Jean Seberg (actrice)

 

 

De la considération purement esthétique aux capacités physiques, on dit souvent des hommes qu’ils se mettent la pression quant à une certaine performance, mais nous ne sommes pas mieux. Je me suis surprise à ne pas me sentir désirable alors même que j’étais désirée. Corps imparfait que l’on critique toujours davantage que n’importe qui alors qu’il est le seul que l’on a. Encore un temps d’adaptation à traverser, une étape dans l’acceptation du handicap.

 

 

Maintenant élargissons.

 

Même dans la reprise d’une vie sexuelle tous les handis ne sont pas égaux. (Je parle ici de ce que je connais, à savoir du handicap lié à une blessure de la moelle épinière). Si je n’ai pas souffert de soucis particuliers malgré mes contraintes physiques, ça n’est pas le cas de tout le monde.

 

Il y a des personnes qui ne retrouvent pas leurs sensations par exemple. Ou qui ont moins de capacités musculaires, une paralysie plus importante. Un homme peut avoir des difficultés à bander complètement et à appréhender l’espace autour de son pénis aussi.

 

 

Sex education gif
Gif extrait de la série Sex Education

 

 

Alors il existe des objets qui peuvent aider, des médicaments également. Je parle ici de viagra par exemple, ou de bancs conçus dans le but de faciliter l’acte sexuel pour une personne en fauteuil. Quant aux limites physiques, il existe bien des façons d’avoir ou de donner du plaisir sans pour autant être bon gymnaste. L’Être humain possédant cinq sens, et ses cinq sens ayant leurs propres vertus sexuelles, il suffit parfois d’un peu d’imagination afin de palier à ce qui semble manquer.

 

 

Sexe et assistance, ce dont on ne veut pas parler.

 

Sinon en dernier recours il y a l’assistanat sexuel, qui fait l’objet de bien des discussions depuis quelques mois.

 

Beaucoup m’ont demandé mon avis sur le sujet d’ailleurs : faut-il légaliser ou non cette pratique comme étant un service ? Est-ce utile ? Est-ce légitime ? Est-ce de la prostitution ? Est-ce trop… bizarre ? J’avais développé mes idées sur le blog de Sojadis, à lire juste ICI.

 

Si ça n’est pas la majorité des handis, il faut bien comprendre que d’autres sont dépendants de ce type de prestations pour avoir une « vie sexuelle ». Je parle de certains handicaps très lourds par exemple, ou de personnes en détresse affective qui n’arrivent pas à vivre avec leur nouveau corps. Être autonome, se trouver désirable, draguer, se sentir sexuellement « à la hauteur »… Tout cela est compliqué voire insurmontable pour certains, surtout au début. Cela apparaît presque comme un luxe et il faut un long moment avant de pouvoir s’approprier ces termes, lorsque c’est possible.

 

Pour ce qui est de l’utilité de l’assistanat sexuel, même pour un handicap lourd, je laisse Intouchables parler pour moi.

 

 

 

 

Quant au parallèle fait avec la prostitution, j’y répondrai avec deux questions. Vaut-il mieux que ce genre de besoin / d’envie soit assouvi sans mesures légales, sans assurance, sans sécurité ? Ou vaut-il mieux officialiser ce métier pour qu’il soit encadré et pratiqué par des personnes habituées, sensibilisées ?

 

 

2 commentaires sur “Sexe et fauteuil, tabou du handicap.

  1. Encore une fois ton analyse est terriblement pertinente (je suis para complet pour ma part ce qui ne m’empêche pas d’avoir une vie sexuel épanoui même si le chemin a été long). Merci pour tes articles

Vos réactions...