Femme parfaite

Syndrome de la femme parfaite et handicap, lettre à celle que je voulais être.

 

 

Chère moi,

 

Tu t’es toujours appliquée à faire et être ce que l’on attendait de toi. À l’école tu t’efforçais de ramener des bonnes notes pour rassurer les parents, mais pas des trop hautes non plus pour ne pas passer pour l’intello ennuyeuse auprès des camarades de classe (et surtout parce que tu n’en avais pas toujours la capacité non plus !). Au sport, tu cherchais à faire les meilleurs scores pour épater les copains, tout en évitant d’y aller à fond par moments parce que bon, t’es une fille, pas un bûcheron.

 

Aujourd’hui la société, tes proches comme des inconnus continuent de te dicter une conduite calquée sur un idéal qui finalement n’existe pas. Le modèle des générations passées fait pression et rappelle que, pour être une femme accomplie, la femme parfaite, il faut remplir tout un tas de critères dans lesquels tu ne te retrouve pas toujours.

 

Copine de soirée marrante, meilleure amie présente, amante inoubliable, femme fatale sans arrogance, épouse dévouée, mère extraordinaire, salariée passionnée, personne avenante pas aguicheuse, souriante mais pas naïve, gourmande pas goinfre, gentille avec intelligence, plastique de rêve sans retouches, jamais fatiguée, jamais de mauvaise humeur…

 

À quel moment une femme peut-elle être elle-même dans tout ça ? Tu as toujours essayé de satisfaire chacun mais te satisfais-tu, toi ? La quête du « plaire à tout le monde » est vaine, tu l’as compris et malheureusement à l’heure actuelle, le handicap est éliminatoire dans le concours de la nana parfaite.

 

C’est sûr qu’en fauteuil, aucun mec ne se retournera en disant « qu’est-ce qu’elle est bien foutue ! ». En fauteuil, si tu n’as pas d’abdos, bon courage pour garder le ventre plat, et pas question d’aller faire ton petit jogging après le brunch du dimanche (beaucoup trop sucré) pour déculpabiliser.

 

En fauteuil, il y aura toujours des gens pour croire que tu ne peux rien faire toute seule, pour croire que tu es un poids, croire que tu serais incapable de mettre un enfant au monde, encore moins de l’élever. Tu seras la salariée aux horaires aménagés et parfois, quand on te demandera pourquoi tu ne vas pas bien, tu répondras juste « parce que je suis en fauteuil» et de ton honnêteté naîtra le malaise.

 

Tu as mis longtemps à accepter l’idée. Maniaque que tu es, tu as mis longtemps à te dire que tu ne répondras jamais à toutes les attentes du monde entier et même après ça, tu as mis longtemps à te dire que, si tu ne pouvais pas être parfaite, autant être toi. Parce qu’il n’y a pas de milieu et finalement la perfection c’est quoi, si ce n’est une liste d’idées ?

 

Ne faudrait-il pas te plaire déjà à toi ? Prendre en considération ce que tu souhaites ?

 

L’autre jour tu t’es maquillée parce que tu en avais envie, que ça t’as fait du bien de prendre ces dix minutes supplémentaires pour toi, et parce que tu aimes « te faire jolie » pour tes proches. Mais aujourd’hui tu ne l’as pas fait parce que pas le temps, la flemme et bof, non pas d’humeur. Qu’est-ce que ça a changé à ta journée ? Rien. Elle n’était pas moins bien, même avec tes cernes apparentes et ta tendance à rougir des pommettes quand tu es contrariée.

 

En ce moment tu travailles beaucoup physiquement, alors tu es fatiguée, ça donne un peu moins de consistance à tes barrières. Alors à midi tu as dit à ton voisin de table qu’il te saoulait, parce que c’était le cas depuis plusieurs jours déjà. Tu l’as regretté : tu n’es pas du genre désagréable normalement. Mais en fait, n’as-tu pas été vraie à ce moment-là ? N’as-tu pas été entière ?

 

Pas parfaite !

 

Ça ne plaira pas toujours, tu avais l’habitude de montrer ce que l’on voulait voir de toi. Mais d’autres apprécierons. Toi, tu apprécieras. Tu apprécieras pouvoir sourire un jour et pleurer le lendemain. Tu apprécieras pouvoir dire merci à lui et merde à elle. Parce que tu n’es plus une petite fille qui cherche à récolter des bons points pour collectionner les images. Et parce que le monde ne tourne plus autour de ta famille d’un côté, ta maîtresse et les vingt-trois autres élèves de ta classe de l’autre.

 

Tu as grandi, le monde aussi, tout comme le nombre de personnes que tu croises. Or tu ne seras jamais parfaite pour tant de gens. Tu le seras pour ceux qui t’aimeront, et ça te suffira, parce que c’est comme ça que tu dois apprendre à t’aimer à ton tour. Fauteuil, ou pas fauteuil.

 

 

Image du film « Mémoires de jeunesse »

 

 

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6 commentaires sur “Syndrome de la femme parfaite et handicap, lettre à celle que je voulais être.

  1. ah ah j’ai ris quand tu as parlé du gars à qui t’a dit qu’il te saoulait!!
    Sinon, pourquoi donc on ne pourrait pas faire un jogging après un brunch?! (bon OK ça ne concerne pas toutes les personnes handi en même temps le jogging ça ne concerne pas non plus toutes les personnes valides!).
    Ah oui le ventre plat sans abdos c’est vrai mais heur chut quoi!
    Et pour finir moi je trouve que l’on est parfait justement dans nos imperfections.
    <3 <3 <3

  2. Mon mantra depuis quelques temps : « la perfection ça ne me va pas, ça me boudine » ahaha ! Merci d’avoir écrit cette lettre, qui t’est destinée, mais qui peut toucher tellement d’êtres humains, en fauteuil ou pas, handicapés ou pas. On a tellement besoin de se rappeler de tout ça de temps en temps !
    Et entre parenthèses, je trouve ça juste ahurissant tout ce qu’on demande aux femmes d’être, consciemment ou inconsciemment. On pourrait aussi ajouter « douce mais avec du caractère, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds mais qui ne se donne pas en spectacle pour autant, qui défend un peu « son territoire », sans être jalouse possessive non plus, qui a de l’ambition dans la vie, mais pas carriériste, avec des passions, des loisirs, des projets, un boulot, mais toujours là pour son mari, ses enfants, sa famille, ses amis à n’importe quel moment.
    Bref… Ca fait beaucoup !
    Mais tu sais quoi Daphnée ? Je ne connais personne d’autre qui réunisse toutes les qualités que toi tu as. C’est tout ce que je retiens 🙂

    1. Ah merci Jas <3 C'est vrai qu'elle boudine, et en plus elle prends un temps fou ! On s'en veut toutes de ne pas pouvoir cocher toutes les cases, sauf ces jours là où on se pose, qu'on y réfléchis et qu'on se rend compte que des cases, il y en dix pages et qu'au bout de dix pages, il n'y a plus assez d'encre dans le stylo pour les valider. C'est pas de notre faute, c'est la faute du stylo. Tant pis, on aura des petits défauts (ou des gros) mais au moins on sera unique (et on gardera l'encre de notre stylo pour écrire des choses plus intéressantes) 😀

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