Anniversaire, accident et handicap : quand on ne sait plus qui l’on est.

 

Il y a quelques temps de ça, je discutais avec un copain, lui aussi en fauteuil suite à un accident, et je ne sais pas vraiment d’où c’est venu mais nous avons évoqué le sujet de l’anniversaire. En quoi est-ce quelque chose qui puisse faire l’objet d’un article ?

 

Lorsque l’on se retrouve dans une situation de handicap qui met sans dessus dessous le moindre élément de ce qui était notre vie, lorsque c’est la conséquence brutale et inattendue d’un accident soit dix secondes parmi des milliers d’autres, on ne peut s’empêcher d’avoir comme un sentiment de rupture.

 

Entre la personne que nous étions post-handicap et celle que nous sommes aujourd’hui, ce n’est pas un gouffre qu’il y a entre les deux, mais bien tout le Grand Canyon. C’est ainsi que, souvent, nous séparons de façon très nette l’avant de l’après comme s’il s’agissait de deux entités différentes. Du moins c’est ce que j’ai remarqué pour pas mal d’entre nous, moi comprise. Fêter l’anniversaire de l’un perd de son sens puisqu’il n’est plus nous. Notre accident marque une fin, la mort d’une grande partie de ce qui nous définissait, autant qu’il marque un commencement, celui d’une vie à l’opposé de ce que nous connaissions.

 

 

anniversaire accident
T’inquiète Marty, j’t’explique.

 

 

En ce qui me concerne, je suis passée par plusieurs stades. Au début (les deux premières années je dirais), fêter mon anniversaire était pour moi très important. Déjà parce que ça avait toujours été le cas et que je refusais d’accepter que je changeais à ce point. Ensuite et surtout parce que ça me rattachait à « celle d’avant », ça prouvait que malgré tout ça, c’était encore moi.

 

Sauf que ça n’est qu’une date. Une date qui marque l’avènement de quelqu’un qui me semblait trop lointain pour que je m’y identifie mais qu’en même temps, je regrettais de tout mon être. Alors est venu ce sentiment de rejet total. Je ne voulais pas faire semblant d’être ce que je ne serai plus jamais. Par amertume, par rancœur, je me mis à détester ce jour qui n’était pas le mien. Raisonnement d’adolescent contre lequel on ne peut rien. C’était l’année où je terminais la rééducation, l’année où je dû retourner dans le « monde normal » sans avoir atteint mon objectif de remarcher, admettre donc que maintenant, c’était ça ma vie : celle d’une handi.

 

Heureusement pour moi, je ne me suis pas arrêtée sur cette considération là. Aujourd’hui, j’ai rattaché ces deux nanas parce qu’au-delà de la famille, des amis, du contexte et des souvenirs, et même si j’ai changé du tout au tout, c’est quand même toujours le même (sacré) caractère, c’est toujours le même visage, la même éducation, les mêmes (certaines) manies. J’ai décidé de voir davantage l’évolution (radicale, certes) que la rupture. Ma vision du monde, mes priorités, mon quotidien, ma façon de penser, certains de mes défauts comme certaines de mes qualités, tout ça a subit une transformation non dissimulable c’est sûr. Mais quand on y réfléchi, c’est parti d’une même base non ? Dans tous les cas, ça se serait passé, parce qu’on grandi toute notre vie. Peut-être que ça aurait été moins flagrant, moins intense, moins rapide, mais personne n’échappe au changement personnel, qu’il soit bon ou pas.

 

 

 

 

Je sais que certains handi considèrent la date de leur accident comme étant celle de leur anniversaire puisque c’est celle d’une renaissance (dont on se serait bien passé sûrement, mais renaissance quand même). Je ne partage pas cette idée parce que je ne veux pas lui donner plus d’importance qu’elle n’en a déjà et que je n’ai aucune envie de fêter la pire journée de ma vie chaque année, mais je comprends ceux qui se sont positionnés comme ça. Quoique l’on dise, quoi que l’on arrive à penser, il y aura toujours cette petite voix pour faire cette séparation, pour nous chuchoter à l’oreille que cette partie n’est plus et que nous ne pouvons donc pas être elle. Et quoi qu’il arrive, il y a bien un avant, et il y a bien après, marqués par un événement qu’on ne peut ignorer.

 

 

Si vous aimez, n'hésitez pas : partagez !
Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Email this to someonePrint this page

Commentaires Facebook

commentaires

2 commentaires sur “Anniversaire, accident et handicap : quand on ne sait plus qui l’on est.

  1. Bonjour Daphnée, toujours un grand talent d’écriture. Moi je ne pense pas à la date de ma paraplégie. Ma façon d’accepter ou de rejeter peut être mon handicap, c’est que je ne me sens pas handicapé (sauf devant un overboard). J’aime le concept de l’handinormalité et c’est pour cela que tes articles me plaisent autant. A bientôt.
    Steewe

Vos réactions...