Les inconnus et mon fauteuil : quand je déteste les gens

 

Il y a plein de choses sur lesquelles j’ai envies d’écrire en ce moment, certaines que j’avais prévu même. Mais j’ai un peu de mal à organiser mes idées depuis quelques temps : les beaux jours et toutes les possibilités qu’ils offrent (sorties, événements, activités…) font me disperser. Heureusement, l’inconnu est là : l’agréablement surprenant, et le plus ou moins dérangeant. Aujourd’hui, je vous parle du second, celui que, à force et malgré moi, je déteste.

 

 

 

 

Depuis mon voyage aux États-Unis où les regards envers moi n’avaient rien de différent qu’envers n’importe qui d’autre, je mesure chaque jour davantage combien ici c’est l’opposé. On a beau dire que le fauteuil ne nous définit pas, on ne peut pas aller à l’encontre du fait qu’il engendre des réactions, des idées, des préjugés à notre encontre, et ce qu’ils soient justifiés ou non.

 

Lorsque l’on est dans la rue, quel que soit notre style, quelque soient les personnes qui nous accompagnent, le fait d’être assis et non debout, de rouler plutôt que de marcher, instaure automatiquement une certaine barrière. Et même lorsque face à nous, quelqu’un décide d’aller voir au-delà, c’est comme s’il fallait continuellement faire ses preuves. Prouver que ne pas marcher ne nous empêche pas de penser, qu’être en situation de handicap ne nous empêche pas de ressentir la joie ou le bonheur, qu’avoir vécu un accident ou une maladie ne nous empêche pas de continuer à vivre et à faire plein de choses.

 

L’autre jour j’ai rencontré une infirmière – du métier donc – qui était intriguée par mes roues à propulsion électriques. Plutôt que de me parler, de me poser ses questions, et même si c’est moi qui y répondais, c’est au valide qui était à mes côtés à ce moment là à qui elle s’adressait. Alors même qu’il ne savait pas forcément de quoi il retournait.

 

Perdons-nous à ce point toute crédibilité en tant qu’être humain doté de raison et de pensée, sous prétexte que nous ne sommes pas tout à fait comme eux ? Pourquoi certaines personnes oublient la moindre règle de bienséance, même basique, quand elles s’adressent à nous ? Quel intérêt éprouvent-elles à nous placer au rang de pauvre petite chose malheureuse ? Est-ce réellement l’image que nous reflétons ?
Je me fais aujourd’hui bien plus souvent tutoyer par des inconnus que lorsque j’étais valide, alors que je suis maintenant plus âgée. Est-ce parce que, de niveau physique plus bas que la moyenne, je mérite moins de respect ? Ou le fait de faire la même taille qu’un enfant les incite-t-ils à me considérer comme telle ?

 

 

 

 

Il y a une chose que je déteste par dessus tout, et je ne pense pas être la seule dans ce cas, c’est lorsque quelqu’un que je ne connais pas prend en mains mon fauteuil. Albert, que je le veuille ou non, est une partie de moi : sans lui je ne vis pas. Il est mes jambes. Le toucher revient à me toucher. Et comme tout un chacun, moi aussi j’ai besoin d’un espace vital. Alors il faut arrêter de s’appuyer sur les fauteuils des personnes que vous ne connaissez pas, et il faut arrêter de se mettre à nous pousser sans nous demander avant si réellement on en a la nécessité.

 

Le week-end dernier, j’étais à une soirée où il y avait un petit concert. Or qui dit musique dit danse, forcément à un moment donné. La nuit était déjà bien entamée, certains avaient bu plus que de raison, et alors que je m’amusais avec les copains, une nana que je n’avais jamais vue, attrape les poignées de mon fauteuil et commence à me faire tourner « pour me faire profiter » (ce que je faisais pourtant bien). Je sais, je sais, ça partait d’une bonne intention et elle avait un sérieux coup dans le nez mais vraiment, vous aimeriez, vous, qu’alors que vous vous déhanchez joyeusement, quelqu’un vous prenne par les mains, vous sorte de votre groupe d’amis et vous force à exécuter des pas dont vous n’avez aucune envie ? Nous dépendons de notre fauteuil. Le prendre en main sans nous en laisser le choix, c’est nous faire perdre le contrôle, nous priver d’une liberté primaire.

 

Maintenant attention, lorsque nous sommes en difficulté c’est différent, mais pensez bien que valide ou non, c’est exactement la même chose. Si vous marchez dans la rue, que tout va bien et qu’un inconnu vous prend par l’épaule, ça va vous gêner, vous vous sentirez presque agressé ? Mais si vous trébuchez, tombez, et que ce dernier vous aide à vous relever, là vous serez plutôt reconnaissant, non ennuyé ? Et bien en fauteuil c’est pareil.

 

Nous ne sommes pas toujours si différents, donc il n’y a pas toujours un comportement différent à adopter avec nous…

 

 

 

 

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3 commentaires sur “Les inconnus et mon fauteuil : quand je déteste les gens

  1. pour te rassurer, ce n’est pas réservé aux personnes en fauteuil…
    J’ai un ami non voyant qui dit qu’il a souvent traversé la rue alors qu’il ne voulait pas… ou alors on parle directement au chien guide… oui oui le chien comprend mieux que le maître.:-)
    Et la phrase adressée à la personne voyante par un serveur et qu’est ce qu’elle prendra la dame avec vous… y’a qu’à lui demander pov’ gars elle est non voyante pas muette.

    1. Oui ça me rassure. C’est vrai que lorsque j’écris sur des sentiments un peu plus personnels, je ne suis jamais sûre que ça touche les autres handi, or comme j’écris aussi pour eux, je suis ravie de voir que je ne suis pas la seule à en avoir parfois un peu marre 😀

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