Pour toi, aide soignante ou infirmière, parce que tu es importante.

 

Lorsque nous nous retrouvons dans une situation de détresse physique et que notre maison devient pour un temps un hôpital ou un centre de rééducation, les jusqu’alors inconnus qui s’occupent de nous deviennent importants sans que toujours ils ne s’en rendent compte. Un geste, une parole, une attention, que ce soit banal ou maladroit peut se transformer en un souvenir fort, de tendresse… ou de rejet.

 

Pour expliquer cela, pas de « on », de « nous » ou de « quelqu’un ». Pour expliquer cela, je vais vous parler des miennes de soignantes, qui sans le savoir ont fait que jamais je ne les oublierai. Pour le meilleur… comme pour le pire. (Je ne parlerai pas des kinés, ils ont déjà eu le droit à leur article)

 

Commençons par le commencement. À l’hôpital.

 

Je me souviens de cette responsable infirmière qui autorisait ma mère à m’apporter de la nourriture maison (en bouillie parce que je ne pouvais pas encore manger de façon normale) alors qu’en service de réanimation, ça n’était pas tellement autorisé normalement (même pas du tout d’ailleurs).

 

Plus tard, quand j’ai pu avaler des aliments un peu plus consistants, je me souviens de cette aide soignante qui m’a fait re-manger pour la première fois un gâteau au chocolat. Elle l’avait fait bien fondant (avec beaucoup de beurre je pense) pour que je ne m’étouffe pas avec des miettes trop sèches. Et son binôme d’origine asiatique, m’avait quant à elle concocté un vrai repas vietnamien, parce qu’elle avait réussi à comprendre un jour que j’aimais bien ça (je ne pouvais pas encore parler, je montrais des lettres sur un alphabet pour communiquer lorsque j’arrivais à me concentrer assez longtemps pour)

 

 

gif manger
Gif magique ! – Extrait du (merveilleux) film d’animation japonais « Your name »

 

 

Par contre je me souviens aussi de cette aide soignante qui a transformé ma première douche en véritable calvaire en « oubliant » que j’avais une plaie au niveau du crâne. À mille lieues de la moindre délicatesse, elle avait entreprit de me faire un shampoing particulièrement énergique. Je n’ai réussi à supporter ce moment difficile qu’en pensant aux gens que j’aimais, me fredonnant des chansons qui me les rappelaient.

 

Heureusement, je me souviens surtout de tous les autres qui s’étaient occupés de moi avec bienveillance. Ils avaient préparé pour mon départ l’une de leur blouse que chacun avait dédicacée pour me donner du courage à l’étape suivante (je l’ai toujours bien sûr)./p>

 

L’étape suivante… En rééducation.

 

Je me souviens de cette aide soignante, qui s’est efforcée de trouver des solutions pour me transférer de mon lit à mon fauteuil autrement qu’avec un lève-personne. Elle s’était rendue compte que ça me rendait malade (j’avais tendance à avoir de grosses baisses de tension une fois dans l’engin, allant jusqu’à y avoir perdu une ou deux fois connaissance, si bien que ça avait fini par être un acte qui m’angoissait). C’est d’ailleurs la même qui m’a donné ma première frite (c’est davantage le sien de souvenir car c’est elle qui me l’a rappelé).

 

Je me souviens de cette aide soignante qui, quand je ne pouvais pas encore bouger beaucoup, me passait le gant à la main pour que, petit à petit, je m’exerce à en faire plus moi-même chaque jour.

 

Aller, et j’ai beau ne pas avoir toujours beaucoup de chance concernant les médecins de rééducation, je me souviens quand même du jour où l’un m’avait autorisé une sortie exceptionnelle jusqu’à minuit (un miracle), le 14 juillet qui a suivi mon accident, parce que j’adore les feux d’artifice et que je voulais assister à celui qui se déroulait dans la ville d’à côté avec ma meilleure amie.

 

 

Feux d'artifice
Oui aujourd’hui j’ai décidé de faire dans l’animation japonaise – Gif tiré de la série Bleach

 

 

Bien sûr je me souviens de ces infirmières, qui ont pris plusieurs heures pour m’apprendre à m’auto-sonder (technique pour vider sa vessie de façon plus acceptable que dans une couche), contribuant à mon autonomie. L’une avait d’ailleurs appris à ma mère à me le faire lorsque je n’y arrivais pas encore, me permettant ainsi de rentrer chez moi certains week-ends (à l’époque c’était le seul « acte médical » qui m’empêchait de sortir du centre de temps en temps).

 

Je me souviens aussi de ce brancardier, qui était venu me ramasser lorsqu’un jour j’étais partie me balader en fauteuil roulant électrique et que j’étais tombée en coinçant une roue dans un trou. Il n’a en plus jamais dénoncé mon imprudence.

 

Et puis je me souviens de toutes ces aides soignantes et ces infirmières qui, au fil de mes vingt-cinq mois de rééducation, m’ont relevée du sol plus d’une fois dans ma chambre mais qui m’ont fait confiance, qui savaient que je ne me mettais pas en danger mais que j’essayais. De faire mieux. De faire plus. D’apprivoiser mon nouveau corps. Elles ne m’en empêchaient donc pas.

 

Mon corps ! Lui aussi se rappelle et se met en tension aujourd’hui encore à la présence de cette aide soignante qui me faisait mal quand, au début, j’avais besoin que l’on me fasse des soins importants.

 

Mais je me souviens également de cette infirmière qui, alors que ma gorge ne fonctionnait pas correctement et que mes poumons étaient ridiculement faibles, me nettoyait la trachée lorsqu’elle était encombrée et qui arrivait à nous faire rire comme des bienheureuses de cet acte ni agréable ni très glamour.

 

Il y a eut cette aide soignante qui a fermé les yeux un soir où l’on m’avait ramené un repas McDo parce que mon plateau dîner était tout sauf appétissant (alors que normalement on n’en avait pas le droit). Quelques unes n’ont souvent rien dit non plus lorsque mes amis restaient plus longtemps que l’heure maximale autorisée, n’ont rien dit non plus lorsqu’entre patients nous nous sommes organisé une ou deux fois une soirée pizza dans la salle commune.

 

 

soirée pizza
Vous avez faim ? Moi aussi !

 

 

Et je me souviens de toutes celles qui, au-delà d’être des soignantes, ont été des mères, des taties, des cousines, des sœurs, des confidentes, des compagnes de crises de rires et qui ont revêtu tant d’autres rôles encore. Elles m’ont vue pleurer, m’ont prises dans leurs bras, se sont inquiété. Elles ne se sont pas formalisé lorsque j’ai eu besoin d’être seule, elles m’ont félicité, m’ont encouragé, m’ont aidé, ont cru en moi, ont veillé, m’ont soigné, m’ont écouté…

 

Car c’est vrai, je n’ai parlé que de quelques événements précis, mais en réalité il y en a eu, en deux ans de reconstruction, même encore maintenant lorsque j’y retourne, un million d’autres. Aujourd’hui une ou deux m’ont traumatisé c’est vrai, mais des dizaines d’autres ont été un soutien dans mes épreuves dont je suis certaine, elles (et les quelques « ils ») n’ont pas conscience.

 

En rééducation, le mérite est souvent attribué aux kinés et aux médecins, les aides soignant(e)s et infirmier(e)s restent dans l’ombre. Pourtant sans elles, je n’aurais pas ré-appris à me laver, à m’habiller, à me nourrir. Sans elles, j’aurais sans doute moins ri aussi. Alors pour beaucoup, quand je pense à elles, il y a comme une grosse boule de tendresse qui sert mon cœur. Comme cette institutrice de CP qui nous a enseigné la lecture, comme cette prof de gym qui nous a fait oser un salto, comme cette dame qui nous a offert LA peluche de notre vie, comme cet aîné qui nous a fait découvrir notre passion…

 

 

câlins
Gif extrait de « Mon voisin Totoro »

 

 

Leur métier a du sens, à moi il m’a même été vital. N’est-ce pas magnifique ?

 

 

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2 commentaires sur “Pour toi, aide soignante ou infirmière, parce que tu es importante.

  1. Mon histoire émotionnelle avec les soignants n’a rien à voir avec la votre mais samedi dernier, nous avons souhaité une bonne retraire à une infirmière qui nous a accompagné tout au long de 15 années de soins en pédiatrie pour ma fille et notre étreinte était chaleureuse et pleine d’émotions. Oui, il y a des personnes qui nous marquent pour le pire, mais gardons en tête celles qui nous ont tant apportées. Merci pour votre article encore et encore.

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