Commerces et accessibilité : une nécessité compliquée

 

Cet été vous le savez, j’ai pas mal bougé, que ce soit en Alsace, dans le Périgord ou ailleurs. Ça ne m’a cependant pas empêché de passer du temps dans la ville dans laquelle j’habite. Les beaux jours m’ont donné l’occasion de souvent me promener dans le centre, et c’est lors de ces excursions que j’ai pu discuter avec  les gérants de quelques commerces du coin concernant l’accessibilité (ou non) de leurs boutiques.

 

Parce que vous l’avez sans doute remarqué, la France n’étant pas un pays tout jeune, les vieux quartiers, outre leurs pavés, sont souvent en reliefs avec des bâtiments aux portes étroites et aux seuils précédés de marches imparfaites. Or ce dont je me suis aperçue c’est que, contrairement à ce que l’on peut entendre parfois, le manque d’accessibilité n’est pas toujours dû à un dédain de la part des commerçants. Évidemment, je ne dis pas que ça n’existe pas : bien sûr qu’il y en a pour qui le handicap ne vaut pas la peine d’être pris en compte. Mais ça ne m’a finalement pas semblé être une majorité. Alors, si beaucoup en réalité s’en inquiètent, pourquoi est-ce que rien n’est fait pour qu’une personne en fauteuil puisse entrer et circuler dans ces commerces ?

 

Pour réponse rapide et nette je dirais : les lois. Seulement nous sommes d’accord sur le fait que ça ne suffit pas à tout comprendre. Aucun soucis, je développe.

 

Ce qui m’est revenu le plus souvent dans mes échanges, c’est l’impossibilité pour certains d’adapter le seuil de leurs commerces en satisfaisant toutes les lois : il y en a forcément une, à un moment donné qui coince. Déjà, tout bâtiment historique ne peut être modifié : pas la peine de penser à abaisser, surélever, ajouter… le moindre élément. Adieu donc les rampes en béton, les mini monte-charges à sceller au sol et autres solutions trop modernes.

 

Allons bon, ce n’est pas grave, il suffit de se procurer une rampe qui s’installe sans qu’il y ait de travaux à faire. Et vous le voyez venir mon début de phrase n’est-ce pas ? SAUF QUE. Sauf que si on veut faire les choses correctement, il y a des normes. La base, la voici : « si le seuil dépasse 2 cm, il faut avoir une pente de 5% pour tout accès, 8% sur deux mètres de longueur maxi et 10% pour moins de 50cm de longueur maxi« . Ça veut dire que plus la marche est haute, plus la pente va être longue (logique). Or si elle vient au travers du trottoir et bien, elle va être gênante dans l’autre sens, donc non autorisée. Voilà. Conclusion, si les commerces veulent être notés officiellement comme étant accessibles, il faut que leur seuil ne soit pas trop haut… à moins que le trottoir de la rue soit d’une largeur de voiture. Ça ne laisse que peu de marge.

 

 

normes pentes commerces

 

 

Alors on fait quoi ? Rien. Ou on triche. On fait quelque chose qui ne soit pas agréé mais qui reste mieux que rien. C’est l’option pour laquelle a opté l’une des boutiques pas loin de chez moi : il y a une sonnette à l’entrée, et la commerçante possède une pente pliable qu’elle installe le temps que la personne en fauteuil visite le magasin. Cette solution de secours n’est ni parfaitement stable (puisque non fixée), ni franchissable seule (trop raide) mais elle mérite d’exister et de me permettre de rentrer là où, sans cet effort et même accompagnée, je ne tenterais pas la marche.

 

 

accessibilité commerces

 

 

pente amovible

 

 

Et maintenant, si on parlait de la démarche elle-même ? Non parce que outre le coût que toute cette petite histoire peut entraîner, c’est aussi à de l’administratif qu’il faut s’attendre.  Vous savez, celle qu’on aime bien, avec ses trente-six exemplaires du même papier ? Le gérant du bar dans lequel on va souvent avec les copains réfléchis à aménager son entrée et m’a envoyé mot à mot : « J’ai rdv avec le personnel de l’urbanisme, je suis en train de monter un dossier […]« . Bon alors déjà avoir rendez-vous avec « le personnel de l’urbanisme » ça fait très sérieux juste pour une histoire de pente sur une marche (du même genre que papa bricole quand mamie se foule la cheville et se retrouve en fauteuil quelques semaines). Mais « monter un dossier » ? « MONTER UN DOSSIER » ! Et on s’étonne qu’il y en ait qui veulent pas tenter le truc ? Mais l’argent, le temps et la patience, il faut les avoir mine de rien. Et tout ça pour trois ou quatre péquenauds d’éclopés ? Moi aussi je serais découragée…

 

Alors avec tout ça, je finirai cet article assez sobrement : Messieurs, mesdames qui avez réussi à faire en sorte que vos commerces soient accessibles pour ceux qui comme moi roulent, je me rends compte maintenant combien les lois et l’administration française ne vous facilitent pas les choses. Ainsi, bravo, et merci. Simplement. Je sais que ça devrait pourtant être normal mais ne nous voilons pas la face : ce n’est pas demain la veille que ça arrivera, alors autant saluer le positif, pour une fois.

 

 

bravo pour l'accessibilité

 

 

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