Chaise à porteurs

Accessibilité et résignation, pourquoi je refuse que me faire porter soit une solution.

 

Toutes les villes bougent régulièrement. Des boutiques ferment, d’autres ouvrent. Celle dans laquelle j’habite n’échappe pas à la règle. Il y a peu, deux magasins ont fait leur apparition, des magasins qui m’intéressent particulièrement et que je pensais pouvoir ajouter à la liste de ceux dans lesquels je me rends souvent. Et puis non. Accessibilité mon amie si rarement dispo. Sommes-nous obligés de faire preuve de résignation face à des entrées infranchissables ?

 

 

Nouvelles enseignes, manque d’inclusivité

 

 La première avait mis une photo de son entrée sur Facebook dans le cadre de sa promo. Il y a une marche mais très peu haute. En demandant des infos, quelqu’un m’a certifié qu’il y avait une sonnette à la porte. Super. Mais qu’est-ce que ça engendre d’appuyer dessus ? Si c’est pour que le gérant du magasin voit qu’on est là et sorte une petite rampe amovible qu’il garde de côté alors ok, parfait, banco, rien à redire ! Mais si c’est juste pour qu’il vienne nous pousser alors qu’on ne se connaît pas, qu’il n’est peut-être pas habitué au fauteuil et si c’est pour avoir l’impression de gêner plus qu’autre chose c’est non.

 

 

Sonnette d'entrée
Et tout ça c’est dans la mesure où quelqu’un répond, ce qui n’est par expérience pas toujours gagné gagné…

 

 

La seconde avait indiqué son emplacement (sur Facebook toujours) à deux pas (ou deux coups de roues) de chez moi. Par curiosité je suis donc allée jeter un œil (rassurez-vous je l’ai récupéré). Enfer et damnation que vois-je ? Non pas une ni deux ni trois, mais bien quatre marches ! Et pas des petites messieurs dames, non non. Des bien hautes, de celles qu’un nain du Seigneur des Anneaux serait obligé de franchir en ayant enlevé la hache de sa ceinture pour éviter qu’elle ne frotte au sol. Adieu idée de rampe car alors il faudrait qu’elle soit gigantesque : peu probable.

 

De frustration, j’ai évoqué le problème en commentaire de la publication annonçant la date d’ouverture, et j’ai ainsi récolté plusieurs réactions.

 

 

Problèmes de communication et incompréhensions

 

D’abord il y a les personnes qui s’offusquent car « l’accès à tous et la mise aux normes, c’est obligatoire normalement non ? » Effectivement. C’est obligatoire. EN THÉORIE (ahah). Quand on prend à partie les gérants, les maires et autres personnes concernées par la mise en place de toutes ces petites choses-là, ils se renvoient la balle et on a toujours droit aux éternels mêmes discours : « centre historique, trottoirs, accords de mairie, normes, sous-sols… » j’en passe et des meilleures. Mais nous sommes en 2019. En 2019, tout individu devrait pouvoir accéder aux lieux destinés à être publics de façon normale, parce que la liberté ça ne s’abandonne pas avec résignation, point. Pas de « oui mais vous comprenez » . Non. On ne comprend pas, parce que des solutions j’en ai vu dans d’autres villes ou d’autres pays, il y en a. Si on prend la peine 1) de les chercher 2) de s’adresser aux bonnes personnes.

 

 

Alice, résignation face à la Reine
Parce que sinon ça donne n’importe quoi quand ça ne donne pas rien, et bien oui. (Alice au Pays es merveilles, Disney)

 

 

Ensuite il y a des gens (des amis comme de parfaits inconnus) qui, adorables comme tout, me proposent de me porter. Alors oui. Mais non. Que ce soit clair une bonne fois pour toutes : devoir porter quelqu’un pour le faire rentrer quelque part n’est pas une solution. De façon exceptionnelle pour aller en soirée chez des copains ou pour aller pratiquer une activité de folie, d’accord, ça sera un truc marrant à raconter plus tard en plus. Mais pour aller faire vos emplettes dans un magasin dans lequel vous allez être amené à souvent vous rendre ? Allons, personne n’aspire à ça.

 

Et puis dois-je rappeler que le handicap, ça n’est pas juste un fauteuil manuel ? Le handicap, ça peut aussi être un fauteuil électrique. Et dans ces cas-là croyez-moi, personnes ne vous soulève. Alors on fait comment ?

 

 

Différences d’opinion et résignation

 

J’en ai discuté avec d’autres handi qui ont eu l’air moins embêtés par l’idée que moi. Peut-être parce que je les ai collectionnés ces derniers temps et que ça commence à me gonfler très certainement. Peut-être aussi parce que j’ai ce besoin viscéral d’indépendance par rapport au fauteuil, je ne sais pas. Toujours est-il que je n’ai pu m’empêcher de me retrouver dans un certain désarroi lorsqu’ils m’ont donné l’impression d’être dans la résignation « Ça évoluera mais là, on est obligés de faire avec notre temps. » Oui, c’est peut-être ça la solution, laisser couler. Ça nous fera faire des économies. Et puis internet est notre ami au besoin aussi.

 

 

Watson à l'ordinateur
Oui enfin… Normalement ! (Martin Freeman en Watson dans la série Sherlock Holmes)

 

 

Et puis tout à coup, ça m’a fait penser à cette phrase qu’on a tous entendue enfants : lorsque les parents nous disaient (au bout du cinquantième « Pourquoi ? ») « C’est comme ça et pas autrement ! » C’est comme ça… Et pas autrement ?

 

Alors quoi ? C’est ça la résignation ? Est-ce que ça veut dire que l’on doit arrêter de se battre ? Pour rentrer dans une mairie lorsque vient le moment de voter, pour aller dans notre boutique préférée faire les achats de Noël au jour et à l’heure que l’on veut, pour que les enfants non scolarisés à cause de leur handicap le soient ? Est-ce qu’il faut arrêter de demander à avoir des toilettes assez grandes pour qu’un fauteuil puisse rentrer dedans dans les lieux publics ? Est-ce qu’il faut arrêter ne serait-ce qu’attendre d’être considérés comme des citoyens à part entière avec les mêmes droits que les autres ?

 

 

Laissons la couronne à qui de droit

 

Bref. Aujourd’hui j’aurais voulu entrer dans ce magasin d’une franchise que j’adore, comme une personne lambda sans avoir à remettre en question ma dignité ou mon autonomie. Ok Cléôpatre se faisait porter sur un siège par quatre mecs musclés et c’était la classe, mais je n’ai ni son nez ni sa fortune (le jour où je possèderai un pays je vous le ferai savoir).

 

 

Un clin d'oeil de Cléopâtre
Elizabeth Taylor dans le rôle de Cléopâtre (film de 1963)

 

 

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5 commentaires sur “Accessibilité et résignation, pourquoi je refuse que me faire porter soit une solution.

  1. Je suis outrée qu’une boutique qui vient d’ouvrir n’accorde pas l’accessibilité aux personnes en fauteuil! En effet il y a des lois, des normes… Continue à clamer haut et fort le droit de tout un chacun à circuler comme il le désire et à entrer où il veut.

    1. Si la boutique est neuve, le bâtiment dans lequel elle se trouve lui ne l’est pas, et c’est là tout le problème. Si les mairies accordaient un peu plus d’importance à accessibiliser leurs centre-villes (comme c’est le cas à Blois par exemple), les choses seraient déjà plus faciles. Pas pour tous les magasins, mis déjà pour une partie non négligeable. Plutôt que de mettre un fric fou à refaire une place de mairie qui est loin d’être vétuste (par exemple également)…

  2. Il y a une question de dignité, mais aussi une question de sécurité ! Que se passe-t-il si les personnes portant le fauteuil tombent ? si le fauteuil tombe ? 🙁
    Cet été un concert que j’avais très envie de voir se tenait dans un château au 1er étage. Des amis ont proposé de me porter, j’ai dit non, j’avais vraiment trop peur…

    1. Mais oui, évidemment ! Pourquoi n’y ai-je pas pensé ? D’autant que ça m’est déjà arrivé en sortant d’un magasin que quelqu’un veuille m’aider parce que « ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude, je m’occupe de quelqu’un qui a un handicap » (parce que bien sûr nous sommes tous les mêmes) et que ça finisse finalement avec mes fesses sur le trottoir -_-

  3. tu n’as pas son nez mais tu es presque aussi belle qu’elle….
    bon bref tout ça pour dire que zut de notre jour on devrait quand même y penser et faire ce qu’il faut pour qu’une nouvelle boutique présente un accès pour TOUS.
    D’ailleurs au fait: lorsqu’on veut faire construire une maison, on est très contraint par de multiples règles et lois pour obtenir le permis; quelquefois assez ….bizarres pour de pas dire idiotes (oui, oui c’est du vrai vécu!). Les magasins ne sont donc pas si bloqués alors ???
    Deux poids deux mesures? Hooooo je croyais que cela n’existait pas/plus (air innocent!)

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