La poisse, mes fauteuils et moi – Nouvel épisode

 

J’ai la poisse avec les fauteuils.

 

Parfois, j’ai l’impression d’être comme la copine qui tombait malade tous les quatre matins au collège, ou pire ! Comme Pierre Richard dans La chèvre, le gars le plus malchanceux du monde qui tombe sur des sables mouvants dans une région où il ne devrait même pas y en avoir. Je sais qu’avec cette comparaison, et pour ceux qui connaissent, je pourrais facilement passer pour quelqu’un qui exagère. Mais vous savez quoi ? Je préférerais !

 

Je passerai les détails : les vis qui se défont, le cale-pieds qui se tord, les poignées qui se décollent ou les freins qui lâchent. Ce serait se plaindre de pas grand chose. Et puis à bouger comme je le fais, je ne peux échapper aux conséquences de l’usure non plus. Non, parlons plutôt des accidents improbables, et d’à quel point ce peut être pénible à vivre dans un quotidien déjà pas facile à la base.

 

À la fin mai, cela faisait quasi deux mois que je n’avais eu aucun soucis, ni avec Albert, ni avec Pile-poil (mon fauteuil électrique) : un record ! Mais alors que j’étais en week-end à des centaines de kilomètres de là, mes roues à propulsion décident de faire grève (problème de faux contact). Obligée de rentrer plus tôt, d’annuler les sorties prévues, de faire appel au SAV en urgence et de prendre, encore une fois mon mal en patience, en attendant la fin des réparations. Après tout je m’en étais bien passé pendant plus d’un an non ? Pour faire les courses ou rejoindre les copains en ville, me restait mon bon vieux fauteuil électrique.

 

 

 

 

Trois jours après ma mésaventure, me voici partie à la poste avec le-dit vieux (qui ne l’est en fait pas du tout) lorsque tout d’un coup, au milieu de la route, la roue avant droite file… dans le sens opposé ! Coincée dans la rue, j’appelle le copain qui habite à deux pas pour aller chercher le fauteuil manuel et je joins le SAV (même eux ne s’étonnent plus) pour venir récupérer mon Pile-Poil amputé. Une roue qui se défait, ça s’est déjà vu. Une vis qui part, un désaxement ou un bout de plastique qui cède aussi. Mais comme j’aime ne pas faire les choses à moitié, là c’est carrément le tube ralliant la roue au châssis qui s’est cassé. En deux. La chose normalement rarissime mais qui m’est pourtant arrivée déjà deux fois (comme une impression de déjà lu ? C’est parce que je vous en avais parlé juste ICI). En trois ans que je l’ai. Normal (je vous avais bien dit : la poisse.)

 

Me voilà à ne plus pouvoir compter que sur la force de mes bras (ridicule) : autant dire que je suis bloquée chez moi. « Mais t’es pas toute seule, on va te pousser ! » Oui. Mais non. « Bah attends, dans trois ou quatre jour tu auras un électrique de prêt » Éventuellement. Mais (encore ?!).

 

Mais quand on a passé des mois et des mois à se battre pour devenir indépendante, quand enfin on réussi à ne pas avoir à compter sur les autres, à être avec eux comme eux sont avec nous sans différence de contraintes, et bien c’est difficile de revenir en arrière. Difficile d’à nouveau se laisser être poussé, à nouveau se retrouver à ne pas se parler en se baladant parce que la personne étant derrière n’entends pas toujours ce que je dis (et vice-versa). Difficile d’affronter le regard des gens qui me voient comme une pauvre chose dont il faut se charger. Difficile de rouler avec un vieux fauteuil électrique énorme qui va à deux à l’heure, trop grand et trop imposant pour ne pas attirer la pitié. Difficile d’accepter de perdre son autonomie contre son gré et pour si peu. Si peu et pourtant.

 

 

 

 

C’est vrai que nos fauteuils nous rendent notre liberté : sans eux nous serions coincés dans un lit très certainement. Mais c’est vrai aussi que, dans certains cas, ils sont là pour nous rappeler que si eux ne sont pas des cages, notre corps lui, en est un. Quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse, aussi loin pouvons-nous aller dans l’idée que tout est possible, la vie ne se prive pas de nous rappeler de temps en temps que non, ça n’est pas le cas. Ou du moins pas comme on le voudrait. Oui c’est ça, tout est possible, mais le possible n’est pas toujours réalisable selon notre idée. Il est possible d’aller, de faire, d’expérimenter… mais pas sans contraintes ni concessions.

 

 

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