Être maman - Joséphine s'arrondit GIF être maman (handicap)

Handicap et questions délicates – Voudras-tu être maman ?

 

Avec une tendre pensée pour Floriane et Noé, Déborah et Sasha, Amandine et Adalind, ainsi que pour Victoire et son très-bientôt-né 😉

 

En 2015, trois copines handi et moi avions co-écrit un article au sujet de la maternité, de l’envie d’être maman ou non par rapport à notre corps cassé ou malade. Pour une raison qui m’échappe, ce billet a disparu d’1parenthèse2vies. Comme je sais que c’est un sujet qui vous pose question, il est temps que j’y revienne.

 

 

Chaque chose en son temps

 

Gwenaëlle et Circée, deux des copines, ont chacune toujours voulu être maman d’aussi loin qu’elles s’en souviennent. Sandra, elle, voulait être maman oui, mais jeune, pour pouvoir accompagner ses gamins dans leurs loisirs. C’est drôle parce qu’en ce qui me concerne, je n’ai jamais eu la capacité de me projeter si loin. J’ai vécu chaque période de ma vie comme elle venait. Les « quand je serai grande je serai ça, j’aurai ci » n’étaient pas dans mes habitudes de langage. Je m’imaginais plus facilement faire le tour du monde qu’élever des enfants et sans doute ai-je joué bien plus souvent à la game-boy qu’à la poupée.

 

En grandissant, je suivais un chemin tracé par mes choix professionnels en premier lieu. Je voulais m’épanouir, atteindre une situation qui alimenterait ma modeste ambition et profiter de mes vingt ans pour bouger, avant de me lancer dans ces « trucs de vie posée et bien rangée » dictés par la société. Petit discours rebelle pour ne pas avouer non plus que la grossesse, outre que ça ne m’intéressait pas, me terrifiait même.

 

 

Objectif « Working Girl »

 

Faire des études, avoir les diplômes qui vont avec, obtenir un bon poste, être reconnue dans mon travail, c’était ça le plan. Quand on aime la branche dans laquelle on s’est lancé, on n’a pas peur de faire tourner sa vie autour. Pour les trois gamins, la maison, le labrador et la balançoire dans le jardin, on verra plus tard.

 

 

Joséphine s'arrondit GIF en mode working girl
Gif extrait du film Joséphine s’arrondit.

 

 

Et puis vous savez bien : une voiture, une plaque de verglas et deux ans entre parenthèses, ça « suffit » à remettre beaucoup de choses en perspective. Justement je parlais il n’y a pas si longtemps avec deux hommes en fauteuil et ils me disaient que la question de leur fertilité suite à leurs accidents leur était venue tout de suite. Je me suis sentie alors très en décalage car moi, c’est un doute qui ne m’avait effleuré que très tardivement dans ma rééducation…

 

Pourtant pour un blessé médullaire (à la colonne vertébrale), la paralysie peut toucher des parties du corps que l’on voit (jambes, bras, visage…) mais également toutes les autres (vessie, appareils génitaux, estomac…) ! En comptant l’aspect technique de base pour la procréation en plus, tout ça aurait été des inquiétudes logiques à avoir.

 

 

Corps validé mais l’idée ?

 

De mon côté, tant sur le plan sexuel que reproductif, les examens et mes capacités physiques ne me donnent aucune contre-indication à fabriquer des mini-moi. Chouette. Mais en ai-je seulement envie ? Je comparerai ça à du ski ou de la plongée sous-marine (oui tout à fait) : je n’ai rien contre, l’aventure est cool, j’en aurai envie ou ça me manquera bien à un moment… Mais toute la manutention avant ? Il faudra que je sois vraiment motivée pour m’y lancer.

 

 

Se préparer, Joséphine s'arrondit GIF
Gif extrait du film Joséphine s’arrondit.

 

 

Comprenez-moi, la vie en fauteuil c’est assez pénible pour qu’on n’y rajoute pas en plus des nausées matinales, des douleurs dans le dos (encore !) et un bide trop gros pour pouvoir se sonder ou se transférer correctement. Redevenir dépendante, même de soignants, me rebute au plus haut point pour être honnête, et l’accouchement me fait encore plus peur qu’avant pour tout arranger.

 

 

Alors être maman ou pas ?

 

Quand je suis sortie de rééducation, ma réponse était sans appel : moi avoir des enfants, jamais ! Parce qu’à 22 ans c’est facile de dire ça, l’horloge biologique n’a pas d’emprise et je venais d’avoir vécu deux ans en milieu médical. Ma liberté je voulais la savourer et l’user comme il se devait. Peu à peu, au fil des années, ma vision a changé et changera encore évidemment. J’ai toujours beaucoup trop aimé être au contact des enfants – et être douée pour ça – pour qu’un jour ne me vienne pas l’envie d’en avoir je crois. Quand ce sera le moment. Ça continue de me faire flipper à mort, soyons clairs, mais je ne suis plus dans la négation à ce sujet. S’il faut que ça se passe un jour, ce sera une nouvelle aventure à vivre, difficultés comprises et puis c’est tout. Des millions de femmes l’auront fait avant moi.

 

 

Handicap et développement de l’enfant

 

Bon. Avoir envie, sûrement un jour. Pouvoir le faire, ok. Et après ? Je me souviens que celles avec qui nous en avons parlé étaient toutes d’accord : parfois on a peur de vouloir être maman parce qu’on a peur d’être égoïstes. A-t-on envie que notre gamin se fasse railler à l’école parce qu’il a une mère pas comme les autres (les enfants sont si cruels entre eux) ? A-t-on envie d’être dans l’incapacité de lui transmettre des choses que l’on aimait à son âge (faire des cabanes dans les arbres par exemple) ? A-t-on envie que quelqu’un d’autre lui apprenne à marcher, faire du vélo ou nager ? A-t-on envie qu’il se sente différent par notre faute ?

 

 

Gif Dumbo - être maman
Gif le triste du monde, extrait du dessin animé Dumbo (Disney)

 

 

Alors oui, nous le savons bien que pour ce qui est du regard des autres, tout dépend aussi de l’image que nous renvoyons ainsi que de ce que nous lui apprenons et expliquons. Mais tout de même. La pression est déjà assez grande quand on devient maman en étant valide alors avec un handicap ?

 

Une chose cependant me fait sourire quand j’y pense : un fauteuil et un bébé, c’est des tas d’astuces à trouver, des tas de choses à bidouiller ou bricoler et des tas de nouvelles vannes en poche (merci humour noir) ! Gwenaëlle, qui a une fibromyalgie, se disait justement que fonder une famille impliquerait de trouver une voiture particulièrement énorme : poussette, fauteuil, bébé et son rehausseur ainsi que toutes les affaires qu’un nourrisson implique de se trimbaler tout le temps, ça en fait des choses à embarquer !

 

 

Conclusion (pour ceux qui ont eu la flemme de lire ce qu’il y a avant) – Être maman donc…

 

Ai-je envie d’être maman ? Aujourd’hui non. Demain non plus. Plus tard sûrement. Parce que je sais que je serai capable et bonne dans ce rôle. Ces réponses sont le fruit d’une longue réflexion, d’un long cheminement, elles ont souvent changé et changerons sûrement encore.

 

Est-ce que ça inclut le fait de le porter, d’enfanter ? Parfois je me pose la question. L’adoption est une alternative : mon amie Circée, avec une sclérose en plaques, ne veut pas risquer de transmettre sa maladie ce qui indique tout naturellement l’adoption comme la solution qui lui convient.

 

Que fais-tu de tes peurs ? Comme toutes les femmes très certainement : un jour je ferai un choix entre les laisser décider ou les affronter.

 

 

Être maman - Gif Jospéhine s'arrondit
Mais pas tout de suite hein ! – Gif extrait du film Jospéhine s’arrondit

 

 

9 commentaires sur “Handicap et questions délicates – Voudras-tu être maman ?

  1. Sujet très intéressant et qui soulève beaucoup de questions comme tu le montres bien. Un jour je prendrai sans doute le temps également de partager ma pensée sur ce sujet… En y rajoutant la partie pour moi la plus complexe : la problématique de la transmission de la maladie génétique. En tous cas ravie de t’avoir lue une fois de plus !

    1. Merci Aurélie ! Je dois avouer que ce sujet est complexe car en vérité il existe autant d’opinions qu’il n’existe de femmes ! Chacune à ses propres paramètres, plus ou moins précis, plus ou moins graves, plus ou moins ancrés… La maladie et la question de sa transmission est une peur supplémentaire certainement difficile à aborder, j’ai hâte de te lire là-dessus 🙂

  2. Super article !
    La maternité (ou non-maternité), c’est déjà bien compliqué pour les femmes valides, alors je n’imagine pas avec des questionnements en plus… ?
    Petite lecture que je te recommande sur ce VASTE sujet (pas la maternité mais plutôt le choix ou non choix) : « Lâchez-nous l’utérus » de la bouillonnante Fiona Schmidt 😉

  3. Je ne savais pas que le précédent avait disparue mais j’aime bien celui là aussi!
    C’est marrant parce que tu dis très bien que tes envies évolueront certainement avec le temps.
    Il n’y a rien de plus vrai.
    Moi qui suis plus âgée ( faut le reconnaître quand même!), mon avis a eu le temps de changer à peu près comme des montagnes russes.
    Aujourd’hui, j’ai décidé que je ne souhaitais pas avoir d’enfant.
    C’est un choix que toute femme peut faire même si le handicap a joué dans ma réflexion et mon âge aussi.
    mais en soit ce qui est important c’est de savoir qu’on a le choix et que on a le droit de changer d’avis.
    Ce n’est pas le cas ni partout ni depuis tout le temps, mais je crois que c’est la chance que l’on a aujourd’hui ici.

    1. Et oui, et c’est d’ailleurs toi qui me l’avait fait remarqué à l’époque : tu l’avais cherché sans le retrouver, tu m’avais donc prévenue 😉 Effectivement c’est un sujet pour lequel nos idées, nos ressentis, nos opinions, ne cessent de bouger. Déjà en étant seule à y penser ! Imagine à y penser à deux…

  4. oui alors bon c’est bien tout ça mais tu oublie un … »détail »
    Même si j’ai un peu l’impression que ce n’est vraiment pas à la mode actuellement pour avoir un bébé il faut aussi un …………papa. Ben oui désolé. On peut le tourner dans tous les sens et même s’en passer « officiellement » n’empêche que. Je trouve que dans ton analyse par ailleurs très bien faite, il manque ce point important. Lorsque tu feras connaissance d’un chouette garçon, rien n’empêchera qu’il devienne aussi un ..Papa. Oui ça se fait encore!!!
    Et du coup il pourra aussi t’aider dans ce que tu auras du mal à assurer. Pour rappel: j’ai donné le biberon (et autres actions) à nos trois enfants sans pour autant que leur mère (oui, ma femme!!!!!!) soit handicapée. C’était une manière de partager les expériences et l’aventure d’élever des enfants. Et je ne suis pas un cas isolé: je connais pas mal de Papa qui le font aussi; ton grand père aussi….. Donc pour en revenir à toi: le garçon avec qui tu auras décidé ……d’un commun accord(!) de faire ta vie t’aidera certainement car c’est ce que j’aurais fait à sa place si le cas s’était présenté mais aussi parce qu’il prendra à cœur son rôle de Papa.
    Donc oui ce ne sera sûrement pas simple à certains moments mais je suis sûr que tu ne seras pas seule.
    Et puis accessoirement tes parents seront encore là au-ssi!………….
    en attendant bon courage. bisous

    1. C’est évidemment un « paramètre » à prendre en compte et pour cause : en ce qui me concerne ce sera à deux ou pas du tout. Mais il est question ici de mon ressenti personnel, par rapport à ma situation physique personnelle, et bien que ce soit un sujet qui mériterait que j’en écrive encore des lignes et des lignes, je suis obligée de me limiter pour ne pas rendre des articles trop longs 😉

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